1

Stan resta figé en entendant sa belle-sœur dire. Enfin pouvait-il toujours l’appeler ainsi maintenant que ce qui les reliait comme une famille n’était plus ? Il regarda Emeric, ne comprenant pas. Pourquoi aurait-il fait ça ? Puis soudain la vérité lui apparut comme une évidence et son regard devint froid. Il avait toujours voulu avoir Hélios. Il avait toujours été jaloux. Mais il pensait pourtant qu’il avait dépassé ça !

- Pourquoi ? s’entendit-il demander, pourquoi ?

- Je n’ai rien fais du tout, elle est complètement folle ! s’écria Emeric, sa voix montant dans les aiguës.

- Et moi je te dis que c’est toi, dit Thalie en fixant Emeric, de toute façon cette enquête s’est déroulée trop bizarrement, notre avocate va tirer ça au clair.

Emeric devint soudainement pâle. Il recula avant de partir faisant mine d’ignorer les menaces de Thalie. Thalie appela alors aussitôt son avocate et discuta un moment avec elle avant d’aller voir Stan.

- Maitre Delamare va arriver d’ici une petite heure. Elle a demandé à ce qu’on lui transfert les dossiers de l’enquête… Tout va bien se passer.

- Comment tu sais que c’est lui ?

- Parce que je l’ai vu. Mon frère a dû t’en parler.

- Vos… Origines ?

Thalie hocha la tête et Stan approuva, il comprit. Hélios lui avait parlé de leurs origines particulières et des pouvoirs qu’ils avaient sa sœur et lui mais aussi leur mère. Il lui demanda de lui raconter, ce que la jeune femme fit. Stan se retint de pleurer, Hélios avait l’air d’avoir tellement souffert !

2

Soudain, une voix les sortit de leur conversation à voix basse.

- Thalie Alpha ? Stan Jones ?

- Oui, dit la jeune femme en se levant, Maitre Delamare ?

- En personne, j’ai pris connaissance du dossier, j’ai besoin d’entendre votre journée en détail, les magasins où vous êtes allés, où vous être allés manger mais surtout comment s’est passée votre arrestation ? Vous as-t-on lu vos droits ?

- Non on ne m’a pas lu mes droits… dit Stan.

- Bien, déjà nous allons demander à ce que vous soyez relâcher. Racontez moi votre après-midi en attendant que quelqu’un arrive. Ce que fit le jeune homme avec l’aide de Thalie, le jeune homme encore sous le choc avait parfois du mal à se souvenir ce qu’il avait fait. L’avocate hocha la tête et passa plusieurs coups de fil, la banque lui envoya les derniers relevés bancaires du jeune homme datant de ce jour-là. Elle demanda alors à voir les policiers en charge de l’enquête.

- Je demande à ce que mon client soit relâché.

- Et en quel honneur ? Il est suspecté de meurtre.

- Mon client a un alibi, il a été filmé dans plusieurs magasins en compagnie de sa future belle-sœur et ces relevés bancaires sont là pour le prouver. Le seul moment où il s’est absenté ce fut pour aller aux toilettes pendant exactement cinq minutes et vingt-trois secondes. A moins que mon client ait la capacité de se téléporter dans une rue à plus d’une heure à pieds et treize minutes en voiture, vous n’avez aucune raison valable de le retenir ici.

Les policiers se jetèrent un regard, et un troisième plus âgé entra dans le bureau, il aboya

- Qu’est-ce qu’il se passe ici ? Pourquoi le fiancé a-t-il été accusé ?!

- Bah… des témoins disent l’avoir vu… Donc on a été l’arrêté, répondit un jeunot.

- Mais putain ! Vous les jeunes vous vous croyez tout permis ! Vous prenez des iniatives sans m’en parler et me foutez dans une merde noire…

- Inspecteur, bonjour.

- Commandant, vous êtes ?

- L’avocate de monsieur Jones et mademoiselle Alpha.

- Bien. Génial. Est-ce que tout a été fait dans les règles ?

- Non. On n’a pas lu les droits de mon client et les vidéos du centre commercial n’ont pas dû être regardé puisque mon client n’a pas pu être au deux endroits en même temps.

- Justement. Ces vidéos je viens de les voir, et les deux abrutis que vous voyez là, devaient seulement aller chercher votre client pour savoir s’il avait des ennemis… Certainement pas l’accuser de meurtre ! Hurla le commandant à l’attention des deux bleus. Vous avez filmé l’interrogatoire au moins ? Et celui de la sœur aussi !

- O-oui commandant, répondit la jeune femme flic en tremblant.

- Va me chercher les enregistrements ! Une fois la rouquine partie au quart de tour, il se tourna vers l’avocate, puis-je parler à votre client ? Savoir si son époux avait des personnes qui pouvait leur en vouloir ?

- Uniquement en ma présence.

- Evidement.

3

Et l’interrogatoire recommença, dans une ambiance bien différente.

- Mr Jones…, dit le commandant en tendant un café au jeune homme, toutes mes condoléances pour votre perte… Et toutes mes excuses pour le travail de mes subalternes. Ils ont outre passé mes ordres, et mon droit. Ils seront déchargés de l’enquête dès la fin de cet interrogatoire.

L’avocate hocha la tête.

- Je veux qu’une enquête soit faite sur ses deux jeunes. Il doit y avoir un gros problème avec eux.

- Nous allons être sujet à une enquête interne. Merci à eux. Bien. Monsieur Jones, est-ce que votre fiancé avait des ennemis ? Des personnes qui lui en voulaient ? Que ce soit il y a longtemps ou récemment.

- On a toujours eu des problèmes du fait de notre orientation sexuelle, des insultes, des tags sur les casiers, sur ma voiture…

- Une personne en particulier.

- Emeric Mercantes… Il… nous en faisait toujours voir de toutes les couleurs. C’était parfois à la limite du harcèlement, dit Stan en sentant sa gorge se serrer.

L’avocate regarda Stan lui demandant si ça allait, il hocha la tête avant de boire une gorgée de café.

- Pouvez-vous m’en parler s’il vous plait ?

- Oui… Je… Il était jaloux… Et il faisait tout pour essayer d’avoir Hélios. Il le harcelait très souvent, le forçait. Au début j’ai été jaloux aussi… Surtout au début de notre relation, mais j’ai vite été rassuré… Et je lui faisais totalement confiance. Mais… J’ai du mal à croire qu’il est pu faire ça…

- Pourquoi votre belle-sœur hurlait que c’était lui ?

- Parce qu’elle a toujours cru qu’il nous ferait un sale coup. Il ne supportait pas qu’Hélios se marie avec moi…

- Je comprends. Merci Monsieur Jones. Ce sera tout. Pourriez-vous rester à notre disposition ? Vous n’êtes pas suspecté du meurtre de votre fiancé, mais êtes un proche. Je peux avoir besoin de vous pour parler de vos relations. Y’aurait-il d’autres personnes qui vous viendrait à l’esprit ?

- Les deux meilleurs amis d’Emeric… James et… Je ne sais plus son prénom… mais c’est le frère aîné de James.

- D’accord, merci.

Stan et son avocate furent raccompagné à la porte où Thalie les attendait en faisant les cents pas. Lorsque l’avocate lui donna un compte rendu, elle eut un large sourire et serra longuement son beau-frère dans ses bras.

- Je vais suivre l’enquête interne de près, je veux savoir pourquoi les deux bleus ont fait autant de conneries.

- D’accord… On peut rentrer chez nous ?

- Oui, allez-y je vous appelle dès que j’ai du nouveau.

- Merci maître, répondit Thalie avant de rentrer avec son beau-frère.

4

Plusieurs jours passèrent. Clio et Benjamin essayait d’être forts mais c’était difficile de savoir s’ils y arrivaient ou non. Ils voulaient savoir eux aussi et le choc passé de l’annonce de la mort de leur fils, ils donnaient tout leur soutien à Stan, qu’il ait été accusé était impensable. Ils suivaient donc avec attention le déroulement de l’enquête tout en préparant l’enterrement de leur fils. Rémi s’était enseveli sous son travail pour essayer d’oublier ce qu’il se passait. Son frère avait été poignardé et il était mort des suites de ses blessures. Il travaillait encore plus pour oublier la douleur de sa perte. Thalie était dans le déni. Elle ne croyait pas à la mort de son frère, elle le sentait toujours dans son esprit, mais s’était faux. Au fond d’elle, elle le savait mais elle n’arrivait pas à l’accepter, son jumeau ne pouvait pas être mort ! Elle avait repris ses répétitions de théâtre, et se donnait à fond. Elle avait une représentation dans près d’un mois et demi. Elle ne pouvait pas se permettre d’être triste, elle avait le rôle principal, et puis son frère était juste dans le coma…

Le soir, alors que Thalie arrivait à la maison, elle eut un coup de fil de son avocate. Elle avait de bonnes nouvelles. Lorsqu’elle raccrocha… Elle courut annoncer la bonne nouvelle. Enfin, la bonne nouvelle dans un certain sens.

- Maman ! Papa ! cria-t-elle en déboulant dans le salon.

- Ma puce ? Ta répétition s’est bien passé ? demanda sa mère.

- Oui, mais là n’est pas la question… Je viens d’avoir un appel de Maitre Delamare.

- Oh ? Des nouvelles ? demanda son père en se levant.

- Oui. Stan est là ?

- Dans la chambre d’Hélios.

- Je vais le chercher aussi.

5

Quelques secondes plus tard, elle redescendait avec Stan et le força à s’asseoir. Il était dans un sale état. Les yeux rouges, le teint blafard, les cheveux mal coiffé et une barbe de dix jours lui mangeait les joues.

- Bien. Les deux policiers ont été radiés de l’ordre de police… Ils ont été corrompus. On leur a payer un pot de vin bien gras pour faire porter le chapeau à Stan… Du moins essayé. Parce qu’ils étaient trop jeunes pour voir que Stan avait un alibi totalement béton.

- Et qui les a payés ? demanda son père.

- Un certain monsieur Mercantes…, dit Thalie un sourire triomphant sur les lèvres.

- Emeric ?! s’exclama Stan en semblant soudain reprendre vie.

- Oui. Et il a été filmé lui et ses deux meilleurs amis en train de tabassé Hélios et de le poignarder. Son procès aura lieu dans une quinzaine de jours. Il va en avoir pour minimum quarante ans de prison… Si ce n’est pas à vie.

- D’accord…, dit Clio, je suis soulagée que tout cela se termine. Elle ferma les yeux. Elle se sentait fatiguée depuis un moment. Elle sentait le poids des années sur ses épaules et la mort de son fils l’avait fortement fragilisée. Thalie sourit avant d’aller en cuisine et regarder ce qu’elle pouvait cuisiner. Elle se mordit les lèvres. Elle n’était pas plus douée qu’Hélios pour la cuisine. Mais ce soir pour ses parents elle ferait un effort. Des carbonaras peut-être ? C’était bien l’une des seules choses qu’elle savait faire…

6

Le week-end arriva rapidement. Elle revint de sa répétition en fin de matinée et regarda sa mère en fronçant les sourcils.

- Vous allez quelque part ? demanda-t-elle.

- C’est l’enterrement d’Hélios aujourd’hui… Ne me dit pas que tu as oublié…

- Non… Je n’ai pas oublié… Je vais me changer.

Thalie se sauva dans sa chambre et se changea, enfilant le tenue que sa mère lui avait préparée.

Pourquoi faut-il l’enterrer ? Il n’est pas mort. Hélios, tu devrais rentrer tu sais. Il faut que tu arrêtes. Tout le monde te croit mort. Tu ferais mieux de revenir et vite.

Elle redescendit et suivit sa famille jusqu’au cimetière.

7

Il y eut une belle cérémonie à l’église. Son frère avait été aimé de toute sa famille, même les parents de Stan avait fait l’effort de se déplacer. Il y eut des textes poignants. Chacun passa près du cercueil d’Hélios, lui disant adieu pour la dernière fois avant de le laisser descendre en terre. Thalie était la dernière à le saluer.

- Réveille-toi…. Murmura-t-elle à son frère en passant près de lui. Les médecins avaient fait un excellent travail. On aurait cru qu’il dormait seulement, les marques sur son visage était presque résorbés même s’il aurait toujours des marques, du moins encore pour quelques jours, se dit-elle.

Dors bien grand frère… On se revoit bientôt lui dit-elle par la pensée. Elle aurait aimé une réponse, mais elle n’eut rien. Elle suivit le cortège jusqu’au cimetière. Lorsqu’ils descendirent le cercueil en terre, elle resta sans réaction jusqu’à ce que les fossoyeurs recouvrent le cercueil de terre.

- Non ! NON ! Arrêtez ! Il va étouffer ! Arrêtez ! Hurla-t-elle alors en sentant essayant de retenir l’un des fossoyeurs. Son frère l’attrapa dans ses bras.

- Thalie… Thalie. Il est mort… Il n’a pas besoin de respirer. Il ne va pas étouffer…

- Non ! Il est vivant ! Je le sens ! Il est vivant ! Les larmes se mirent à rouler sur les joues de Thalie tandis qu’elle répétait en boucle que son jumeau allait étouffer. Elle s’effondra en larmes dans les bras de Rémi. Laissez-le… Arrête-les Rémi… Arrête-les… Il va se réveiller… Arrête-les… !

Rémi berça sa sœur un long moment dans ses bras. Il le guettait ce moment, depuis des semaines. Il voyait bien qu’elle n’avait pas cru à la mort de son jumeau. Qu’elle ne l’acceptait pas. Il fallait qu’il soit là à ce moment-là. Il fallait qu’il la soutienne, mais surtout qu’il l’aide. Les semaines à venir allaient être très dures. Il la berça des heures durant, jusqu’à ce qu’elle se calme.

- Il n’est pas mort hein ? C’est pas vrai ? dit Thalie en reniflant.

- Si Thal… Il est mort.

Et elle hurla, jusqu’à en perdre sa voix.