1

Thalie était allongé sur son lit. Plusieurs semaines étaient passées. Elle fixait son plafond d’un air hagard. Les seuls moments où elle reprenait un semblant de vie c’était pour aller aux répétitions. Elle gardait la pêche pour son groupe mais quand elle rentrait à la maison elle redevenait amorphe. Elle ne mangeait quasiment plus, depuis l’enterrement d’Hélios, elle n’avait quasiment pas manger. Elle entendit qu’on frappait à sa porte, lui demandant si elle voulait manger. Elle ne répondit pas. Elle se roula juste en boule pleurant doucement. Hélios était mort. Son jumeau. Sa moitié. Il était mort. Jamais plus il ne reviendrait. Et elle, elle était vivante et elle devait vivre pour deux.

Pourquoi ! Pourquoi tu ne m’as pas laissé mourir avec toi ? hurla-t-elle. Et elle se figea.

Parce que tu as encore toute la vie devant toi Thalie.

Hélios ? demanda Thalie en ouvrant soudain les yeux.

Oui… Oncle Hadès m’a autorisé à te parler… quelques minutes.

Toi aussi tu avais toute la vie devant toi… pleura-t-elle alors.

Non. Tu te souviens du mythe de Hyacinthos ?

Oui… mais qu’elle est le rapport ?

J’étais sa réincarnation, tout comme tu es celle de la muse du théâtre.

Ne dit pas n’importe quoi, ce n’est pas Stan qui t’a tué. C’est Emeric. Dans le mythe c’est Apollon qui tue par erreur son amant.

Je sais, mais tout comme Hyacinthos, je devais mourir. Mais toi tu devais vivre. Tu as un destin à accomplir ma sœur. Sois forte, toi aussi tu connaîtras un amour aussi fort que ce que Stan et moi avons partagé même si ce fut bref… dit Hélios d’une pensée douce à sa sœur.

Sans toi je ne pourrais jamais continuer…

Si tu pourras. Tu verras, il faut que tu continues d’avancer.

Thalie ne répondit pas. Comment pourrait-elle ? Elle n’avait jamais été complètement séparée de son frère. Ils avaient toujours été ensemble que ce soit par l’esprit, depuis bébés. Ils avaient toujours été liés.

Stan… Il… Il tient le coup ?

Pas vraiment… Il a dû mal à se faire à ton absence. Il reste prostré dans votre lit. Il ne se lève même plus pour aller travailler...

Il va faire une bêtise Thalie… Je le sens. Empêche-le. Fais-le sortir, allez-y ensemble… Il ne doit pas me rejoindre maintenant où nous ne serons pas ensemble… S’il te plait…

Thalie ferma les yeux sentant les larmes perlées sur ses joues comme des centaines de petites gouttes salées rouler sur ses joues. Elle promit à son frère.

Tu reviendras ? Me…. Parler ?

Je ne pourrais pas Thalie… Oncle Hadès à céder uniquement parce que Samiael a appuyé ma demande. Il ne supportait pas de te voir comme ça… Tout comme moi.

D’accord… A bientôt alors ?

Dans quelques années oui.

Et elle le sentit partir, doucement avec beaucoup de tendresse. Elle s’endormit et ne se réveilla que très tard le lendemain. Elle se leva, se doucha et s’habilla. Elle se maquilla et descendit au rez-de-chaussée. Elle vit le regard surpris de ses parents, mais elle leur sourit.

- Je vais mieux… Enfin, j’essaie… dit-elle d’une petite voix.

- C’est… C’est très bien ma puce… Tu as faim, demanda sa mère pleine d’espoir.

- Oui… Je… Tu veux bien faire des pancakes ? demanda-t-elle en se mordant la lèvre.

- Oui, il me reste de la pâte. Je te faire cuire sa toute suite.

Benjamin regarda sa fille s’asseoir face à lui. Elle avait l’air d’aller beaucoup mieux, comme si elle avait enfin accepté le décès de son jumeau. Il en fut soulagé, il n’aurait pas supporté de perdre un autre de ses enfants. Surtout les jumeaux qu’ils avaient eus tellement de mal à avoir. Ils étaient leur petit miracle et… L’un deux était mort. Il ferma les yeux sentant les larmes lui venir aux yeux. Cela faisait presque un mois et demi que leur fils était mort et il ressentait toujours son absence, avait mal comme si sa mort venait seulement de survenir. Il avala sa salive, sachant qu’il en allait de même pour son épouse.

- Il est heureux là où il est papa. Il est avec Oncle Hadès, Tante Perséphone, Samiael et Mya. Ils s’occupent bien de lui.

- Co… Votre lien ?

- Il a été brisé à sa mort mais… Samiael me l’a dit…, mentit-elle à demi, il m’a parlé hier soir avant que… Je ne m’endorme.

- S’il est avec eux je suis rassuré… dit alors Clio en revenant vers sa famille et donnant des pancakes à sa fille.

- Merci maman… Stan est toujours là ?

- Oui… Il n’a pas quitté la chambre d’Hélios depuis…

- D’accord… Je vais le trainer dehors aujourd’hui.

- Bon courage, dit son père, Rémi a essayé il s’est fait envoyer chier.

- Rémi n’a pas mes arguments, dit Thalie en mangeant dans ses pancakes.

- Ta représentation c’est quand ma puce ? demanda sa mère.

- Ce samedi. A vingt heure… Vous viendrez ? demanda-t-elle soudain anxieuse. C’était sa première représentation dans la troupe, elle espérait bien que sa famille sera là.

- On sera là, c’est ta première représentation tu sais. On ne manquerait ça pour rien au monde.

- Et… Rémi ?

- Il a pris sa journée et sa journée du lendemain pour pouvoir venir te voir, dit son père.

Thalie sourit avant de finir son petit déjeuner et de débarrasser.

2

Une fois cela fait elle monta dans la chambre d’Hélios et déboula comme une furie.

- Ok. Stan tu te bouges le cul ! On sort.

- Va-t’en, je veux voir personne.

- Non. Tu te bouges le cul. S’il n’était pas déjà mort mon frère mourrait de te voir comme ça.

- Tu ne sais pas ce que tu dis ! hurla Stan en se tournant vers la voix avant de reconnaître Thalie.

- Oh si je le sais. Je suis… J’étais sa jumelle. Alors maintenant tu te lèves, tu vas prendre une douche parce que tu pues le phoque, te raser car tu vas finir par ressembler à un homme de Cro-Magnon et on va aller manger une crêpe.

- Je…

- Tu discutes pas. Tu as cinq minutes pour te bouger de là. Je vais aérer.

- NON ! dit Stan une lueur paniquée dans les yeux.

- Si. Aérer. Pas changer les draps okay ? dit Thalie en fixant Stan, elle se doutait de ce qu’il se passait dans la tête de Stan. Mais il n’était pas question qu’elle le laisse mourir, elle l’avait promis à Hélios. Stan hocha finalement et se leva d’un air hagard avant de passer dans la salle de bain.

3

Il se regarda dans le miroir passant une main dans ses cheveux. Qu’est-ce qu’Hélios penserait de lui en le voyant ainsi ? Sûrement qu’il était pathétique. Même s’il n’avait pas toujours été très expressif en public, en privé, son Hélios avait toujours croqué la vie à pleine dents depuis qu’ils étaient ensemble. Ils avaient profité de chaque instants pendant leurs presque deux ans de relations. Il sentit les larmes lui venir à nouveau aux yeux. Il était une loque, depuis la mort de son Adonis il n’avait plus envie de rien. Plus envie de vivre, il voulait mourir pour le retrouver. Il alluma finalement la douche, s’il ne faisait pas ce que Thalie lui avait demander… Il avait peur pour ses fesses. Il connaissait la jeune femme, et lorsqu’elle avait une idée en tête, il était impossible de lui faire sortir cette idée de la tête. Il se lava et s’habilla avec des vêtements propres puis se rasa. Une fois qu’il eut une mine un peu plus présentable, il retourna dans la chambre et plissa les yeux, éblouis par la lumière du jour. Depuis combien de temps n’était-il pas sorti ? Il ne savait plus. Trop longtemps s’il en croyait le reflet que le miroir lui avait renvoyer.

- Mais dis donc, tu serais presque présentable ! lui lança Thalie.

Il la regarda sans réagir. Comment pouvait-elle être aussi pimpante ? Il ne comprenait pas, elle avait complètement pété les plombs à l’enterrement d’Hélios. Tellement que Rémi avait dû la mettre sous calmant et elle avait fait un séjour d’une quinzaine de jour à l’hôpital, complètement aphone et muette. La troupe avec qui elle jouait, passait tous les jours prendre de ses nouvelles. Ils avaient été surpris lorsque quinze jours plus tard, elle était revenue aux répétitions. Elle avait l’air d’un zombie à la maison, mais pour le théâtre elle arrivait à jouer la comédie du bonheur. Est-ce qu’elle le faisait pour lui ? La comédie du bonheur ? Il n’en savait rien, mais rien que pour voir son sourire qui ressemblait tant à celui d’Hélios… Il la suivrait.

- J’ai quelque chose à te donner, elle lui tendit alors un papier qu’il saisit.

- Qu’est-ce que…

- Papa a été à la mairie… Et avec les circonstances le maire à accéder à sa requête. Je sais que ce n’est pas grand-chose mais…

- C’est énorme Thalie, dit-il en serrant le papier contre son cœur, merci… murmura-t-il la gorge serrée.

Thalie lui fit un petit sourire, il lut clairement la douleur dans ses yeux et compris que même si elle acceptait la mort de son frère… Elle avait toujours du mal à se faire à son absence. Il relut le papier, qui le signifiait, lui Stan Jones, époux d’Hélios Alpha. Il glissa le certificat sous la lampe de sa table de chevet avant de regarder sa belle-sœur. L’un de ses souhaits les plus chers venait de se réaliser. Il était marié à l’homme de sa vie… Même si celui-ci était décédé, aux yeux de la loi et des juges, il était son mari.

- On va la manger cette crêpe ? demanda-t-il d’une voix hésitante

Thalie l’entraina à sa suite. Ils marchèrent longtemps jusqu’au centre-ville. Stan regardait tout autour de lui. Quel jour étions-nous ? Quel mois ? Quelle saison ? Il posa toutes ses questions à Thalie qui lui répondit patiemment. Il se figea soudain. Cette date.

- Je sais. On ira le voir après. D’abord on va manger. Je ne veux pas que tu nous fasses un malaise.

Il hocha la tête, suivant la jeune femme comme un automate. Il n’arrivait pas à y croire. Aujourd’hui c’était leur anniversaire. Cela faisait deux qu’ils étaient en couple. Il voulait aller le voir. Fleurir sa tombe. Et Thalie l’avait bien compris. Elle n’aurait jamais pu faire mieux pour le forcer à sortir de leur lit. Ils mangèrent une crêpe ou plus quatre pour Stan, dans une petite crêperie, puis Stan passa chez une fleuriste non loin et ils se rendirent sur la tombe d’Hélios.

4

Plus ils approchaient et plus Stan sentait la nervosité le gagner, il n’était pas revenu sur sa tombe depuis l’enterrement. Il sursauta lorsque Thalie attrapa sa main. Il lui jeta un coup d’œil, et la vit très pâle.

- Ca va aller…, il savait que voir son frère se faire ensevelir l’avait traumatisée.

- Il… Il est là… murmura-t-elle en désignant la tombe de son jumeau.

Stan s’arrêta et fixant longuement la tombe avant de poser les fleurs qu’il avait acheté. Thalie lui reprit la main et la serra très fort dès qu’il eut posé les fleurs. Stan se recueillit en silence sur la tombe d’Hélios et finit par prendre Thalie dans ses bras. Ils sanglotèrent alors, un long moment sur la tombe du jeune homme. Puis une fois cela fait, ils passèrent le reste de l’après-midi en ville. A parler d’Hélios, du spectacle de Thalie, et de différents souvenirs. Ils eurent mal lorsqu’ils parlaient du jeune homme parti trop tôt, mais moins que devant sa tombe, comme si la douleur refluait doucement.

5

Samedi soir arriva vite, et toute la famille avait regarder Thalie jouer, Stan après leur sortie en ville, avait doucement réintégré la vie dans la famille de Thalie. Clio et Benjamin, lui avait proposé de rester vivre avec eux, le temps que tout se calme pour lui, qu’il se sente prêt à refaire sa vie et… Il avait accepté, même s’il doutait de pouvoir un jour refaire sa vie avec un autre homme. Et ce soir-là, il était présent avec eux. Il avait applaudi très fort lorsque la pièce s’était finit. Sa belle-sœur avait vraiment beaucoup de talents. Ils retournaient à la voiture lorsqu’une voix les interrompit.

- Bonsoir… Pardon de vous déranger mais… Vous êtes bien Thalie Alpha ?

- Oui ? dit la jeune femme en se retournant, face à elle se tenait un jeune homme aux cheveux blonds et aux yeux verts, que puis-je pour vous ? demanda-t-elle en sentant soudain son cœur s’accéléré.

- Est-ce que… Je pourrais avoir un autographe… Et une photo avec vous ? Je viens de voir votre pièce et vous m’avez complètement envoûté, dit l’inconnu un peu intimidé.

- Je… Oui, avec plaisir. Maman tu veux bien nous prendre en photo ?

- Oui, bien sûr, allez-y monsieur.

Le jeune homme s’approcha de Thalie, et la jeune femme passa naturellement son bras autour de la taille du jeune homme. Un sourire se forma sur ses lèvres tandis que Clio les prenait en photo. L’inconnu les remercia puis tandis un flyer de la pièce.

- Comment vous appelez vous ? demanda-t-elle en signant doucement.

- John, répondit le jeune homme en la regardant de ses grands yeux verts.