1

Erato et son cousin avaient attendu la fin de la semaine avec une impatience telle qu’ils avaient été intenables toute la semaine. Leurs grands-parents avaient dû les menacer d’annuler la sortie en famille pour que les deux enfants finissent par se calmer. Les deux gamins avaient alors fait leur possible pour évacuer leur excitation et leur trop plein d’énergie aux récréations, à leur club des scouts et dans le jardin après avoir fait leurs devoirs quand le temps le leur avait permis. Il faisait à présent grand beau et toute la famille se retrouvaient sur une des plages pour pique-niquer dans le sable, même la petite Louna était de sortie aujourd’hui, aux grand plaisir des grands-parents mais aussi de Luca et Erato qui étaient totalement fascinés par le bébé. Et puis pour une fois, leur oncle Rémi avait réussi à poser un dimanche, il avait donc avec son épouse organisé ce petit pique-nique. Les deux parties de la famille s’étaient vues moins souvent durant l’été comme Rémi et sa famille étaient partis en vacances, et ils avaient donc beaucoup de choses à se raconter !

2

Pendant que les adultes discutaient, Steven emmena Erato et Luca dans l’océan, les deux enfants nageaient un peu maladroitement mais s’amusaient comme des fous avec leur cousin, malgré l’écart d’âge entre eux, les enfants s’entendaient bien et Steven aimait passer du temps avec eux. Ils étaient tellement joyeux ! Mais surtout, il empêchait Erato de trop penser, malgré son jeune âge, la petite muse avait facilement tendance à être mélancolique lorsqu’elle se retrouvait seule trop longtemps. Elle avait beau ne pas avoir connu sa mère, elle avait quelques souvenirs de son père et… il lui manquait, même s’il ne s’occupait que peu d’elle, il lui manquait. Elle ne laissait que rarement voir tout ce qu’elle gardait au fond d’elle. Mais, aujourd’hui c’était dur, parce que tout le monde était là, tout le monde sauf son papa, et l’autre papa de Luca mais lui aussi était dans les étoiles, avec sa maman. Elle reprit pieds, et leva la tête vers le ciel. Les étoiles, elles étaient cachées pour le moment, mais ce soir, elle pourrait les voir et raconter sa journée à sa mère et son oncle.

- Erato ? appela Steven.

- Oui ? répondit la fillette en se retournant en peignant un grand sourire sur son visage.

- Tu ne veux plus jouer ? demanda son cousin en s’approchant d’elle.

- Bah si ! dit-elle en l’éclaboussant avant de pousser un cri qui se mua en rire lorsqu’il la jeta à l’eau prenant garde à ce qu’elle ait bien pieds.

- Moi aussi jette-moi ! s’écria Luca en rejoignant ses deux cousins et Steven le jeta à son tour. Les trois cousins s’amusèrent ainsi un long moment jusqu’à ce que les adultes les appellent pour déjeuner.

3

La petite famille était installée sur le drap, pique-niquant dans un joyeux brouhaha.

- Alors, l’école ça va les enfants ? Comment s’est passé cette première semaine ? demanda Rémi

- Trop bien tonton ! dirent les deux enfants en cœur.

- Enfin les devoirs un peu moins, bouda Luca.

- Pfff… le français c’est facile !

- Nan les maths ! Et le mieux c’est le sport !

Les deux gamins partirent dans une discussion interminable pour savoir ce qui était le mieux comme matière à l’école, avant de finalement tomber d’accord sur le sport. Leur discussion firent sourire les adultes, ils étaient vraiment comme deux frères et sœurs ces deux-là malgré leurs quelques mois d’écarts. Luca était vite protecteur avec sa cousine, plus âgée de seulement quelques mois, il s’était vite mis en tête après le départ du père d’Erato qu’il devait la protéger. Son père trouvait cela attendrissant mais surveillait tout de même cela de près, il ne tenait pas à ce que son fils prenne cela trop à cœur. La journée se termina sur les embrassades de la petite famille qui se quittait pour rentrer chacun chez eux.

4

C’est ainsi que s’écoula l’enfance de Luca et Erato, entouré d’amour et de patience. Les deux enfants ne manquaient de rien, faisaient facilement les quatre cent coups… du moins jusque la troisième. Là… Là tout changea lorsque le père d’Erato rentra du front. La fillette ne savait pas si elle devait se réjouir ou en pleurer. Ce qu’elle savait c’est qu’elle était impatiente de voir son père ! Elle se languissait de lui et à presque quinze ans… Elle n’avait qu’une hâte le revoir ! Même s’il n’avait jamais tenu ses promesses, même s’il n’avait jamais été là pour elle, il restait son père et ne pouvait pas lui en vouloir n’est-ce pas ? C’est ce dont la jeune fille essayait de se persuader alors qu’elle faisait les cents pas dans la pièce à vivre, guettant avec inquiétude le bruit d’une voiture qui lui indiquerait que son père arrivait. Pourtant elle avait peur, comme tous ces horribles pressentiments, ses petites visions qui l’envahissaient depuis sa naissance et qu’elle réussissait tout juste à contrôler et à comprendre. Finalement, un bruit de moteur, une portière qui claque.

- Mamie ! s’écria Erato en courant vers l’entrée avant d’aller ouvrir la porte.

Clio suivit sa petite fille, plus doucement, elle n’était plus toute jeune mais avait bien vieilli malgré tout et conservé une certaine forme. John lui…. Etait marqué, ses cheveux blonds avaient grisonnés, ses traits étaient triés, ravagés tant par la guerre que surement par l’alcool et son regard… Son regard semblait fou.

- Erato ma chérie… commença-t-elle, mais sa petite-fille s’était figée en voyant son père. Il n’était pas comme sur les photos, ce qui était logique mais… Il semblait… brisé ? Elle ne savait pas, mais ce qu’elle percevait de son père, la rebutait.

- Je… je crois que je vais te laisser mamie, dit la jeune fille en se détournant, mais sa grand-mère la retint, chuchotant, je sais qu’il n’a jamais été là pour toi mais… accueille-le comme il se doit, nous ne t’avons pas élevé ainsi ton grand-père, Stan et moi. La fillette se mordit la lèvre avant de hocher la tête. Elle ne ferait pas honte à ses grands-parents, ni à personne, elle se tourna donc vers son père.

- Bienvenue à la maison… papa, dit-elle hésitante.

John la regarda et entra sans dire un mot, semblant pourtant hésiter sur le pas de la porte. Un officier entra à sa suite,

- Madame Alpha ?

- Oui, répondit Clio en posant une main rassurante sur l’épaule de sa petite-fille.

- Je… dois vous parler, en privé s’il vous plait.

- Vous pouvez parler, je n’ai rien à cacher à ma petite fille.

- Je… mais devant le visage intransigeant de la vieille femme, il céda, bien comme vous le souhaitez.

Il se racla la gorge avant de reprendre,

- Le commandant John Alpha est relevé de ses fonctions pour cause psychologie, il a subit un trop grand choc lors du dernier raid, nous le remercions de son service pour notre pays mais ne pouvons le garder dans nos rangs… Il regarda l’homme qui avait autrefois été son chef, avant de reprendre d’une voix moins formelle, il n’est plus… lucide. Enfin, il a l’air de mélanger les périodes, il a des accès de colère de psychose… Ce ne sont pas des choses faciles mais nous ne pouvons le placer dans un centre médicalisé. Il sera préférable de le faire interner, ce sont de lourdes responsabilités…

- Ce n’est pas à vous de les prendre, dit Erato d’une voix plus froide qu’elle ne l’aurait voulu, elle voyait l’homme qu’était devenu son père : brisé par la vie, son travail. Elle voyait tout. Je vais m’en occuper, dit-elle.

- Erato… commença sa grand-mère, mais la jeune femme fut intransigeante. Elle s’occuperait de lui, ne le laisserait pas aux mains d’inconnus.

5

Et ce fut ainsi que commença le lycée d’Erato : rythmé par les cours, les rencontres, les sorties, son club d’escalade et d’écriture, tout comme sa mère et sa grand-mère elle adorait écrire et plus particulièrement des poèmes. Lyriques, haïku, prose, rien n’avait plus de secret pour la petite muse qui s’amusait et se détendait pas ce biais. Elle était timide, beaucoup plus qu'enfant, la rencontre avec son père l'ayant beaucoup renfermée. Elle avait des passions en dehors de l'écriture : la danse, l'aïkido, elle adorait tout celà et ce fut un moyen pour elle d'avacuer, elle jouait la comédie, faisaint celle qui allait bien. Pourtant… ce fut dur. Dur, très dur de supporter son père : ces accès de colère, ses confusions, ses violences, elle endurait tout mais vint un jour où… la décision s’imposa : elle ne pouvait pas s’occuper de lui, il avait besoin de plus de soin qu’elle ne pouvait lui en fournir, c’est le cœur lourd qu’elle fit interner son père peu de temps après avoir fêté ses quinze ans. Elle lui rendit visite chaque dimanche, mais… cela la faisait souffrir plus qu’autre chose et elle finit par aller le voir moins souvent, chaque visite étant plus dure que la précédente.

6

- Ca va ? demanda une voix qu’elle ne connaissait que trop bien alors qu’elle sortait de l’hôpital.

L’adolescente secoua la tête, les yeux brillants de larmes. Non. Non cela n’allait pas. Elle n’arrivait à rien. Luca enlaça sa cousine alors que les larmes roulaient sur ses joues.

- Arrête d’aller le voir… Regarde dans quel état ça te met ! dit-il en soupirant et caressant la tête de sa cousine.

- C’est mon père ! s’indigna-t-elle.

- J’n’appelle pas ça un père : il ne s’est jamais occupé de toi, n’a jamais tenu une seule des promesses qu’il t’a faite, t’a abandonnée ! Putain y’a prescription, personne ne t’en voudra si tu ne vas plus le voir ! s’énerva Luca. Ce n’était pas la première fois qu’il voulait dire cela à Erato, mais c’était la première fois qu’il arrivait à faire sortir ses mots de ses lèvres, à les dire à haute voix.

- Je m’en voudrais moi.

- Au début peut-être mais, sache une chose, il ne t’a jamais réclamée depuis qu’il est ici, on va avoir besoin tous les deux de se concentrer Erato. On rentre en terminale maintenant, tu vas ne pas tenir si tu continues comme ça.

La brunette resta silencieuse un bon moment avant de finalement dire,

- Tu as raison…, mais pour l’instant… j’ai envie de rentrer et de dormir.

Et Lucas la reconduisit chez eux. Puis vint la rentrée, une nouvelle année pour de nouvelles perspectives et avec la rentrée vint le premier amour d’Erato : Louis.