1

Plusieurs mois étaient passé et le printemps s’étaient doucement réinstaller dans la vallée. Rémi et Leila s’étaient souvent revus. Ils entretenaient une relation quelque peu ambiguë, entre amitié et amour, l’un comme l’autre n’osaient vraiment sauter le pas. Lui à cause de son travail qui ne lui permettait pas d’être aussi disponible qu’il le voulait. Elle, parce qu’elle n’osait pas imposer son fils, elle était tombée enceinte jeune, et Steven n’était pas un enfant des plus faciles. Elle le savait et n’osait pas se lancer, pourtant, les deux adultes étaient indéniablement attiré l’un par l’autre, pourtant ils se tournaient autour comme deux adolescents, rendant parfois la position si inconfortable pour l’un et l’autre qu’ils se quittaient avec un goût amer dans la bouche, comme ce jour-là. Rémi soupira, il avait envie de frapper quelque chose ou de hurler. Encore une fois, il l’avait fait fuir. Là n’avait pas été son intention, il aurait simplement aimé avoir plus de courage pour la retenir… Il se retourna soudain et parti en courant.

- Leila ! Cria-t-il en la voyant ouvrir la voiture. La jeune femme se retourna une expression interrogative sur le visage. Il arriva près d’elle essoufflé, il l’attira contre lui murmurant, je ne peux plus faire semblant…, dit-il avant de finalement l’embrasser. Il sentit Leila passer ses bras autour de lui et le serrer contre elle, comme si elle attendait elle aussi ce moment depuis longtemps.

- Je ne peux plus faire semblant non plus… murmura-t-elle finalement alors que Rémi s’écartait pour qu’ils puissent respirer. Mais… Steven ? Comment ?

- Je crois que ton fils m’a déjà accepté, dit Rémi en posant son front contre celui de la jeune femme, je sais que je ne remplacerais jamais son père… Mais si tu m’en donnes l’autorisation… Je le considère déjà un peu dans mon fils.

- Evidement que tu en as l’autorisation, dit la jeune femme en déposant un rapide baiser sur les lèvres du jeune homme, il me parle beaucoup de toi aussi tu sais…

- Ah oui ?

Leila hocha la tête avant de regarder l’heure.

- Je dois vraiment rentrer par contre… Il va m’attendre et je ne veux pas qu’il se couche trop tard, il a école demain…

- Pas de soucis, je comprends.

- Tu… Tu fais quelque chose demain ? demanda Leila en ouvrant la porte de sa voiture.

- Je suis de garde à l’hôpital pour les prochaines quarante-huit heures.

- Je vois… Ce week-end alors ?

- Vendredi vingt heure ? proposa Rémi.

- Tu ne risques pas d’être trop fatigué ?

- Ca ira ne t’en fait pas, il l’embrassa alors avant de la pousser doucement dans sa voiture, rentre. Je t’appelle dès que je suis chez moi d’accord ?

Leila hocha à nouveau la tête avant de démarrer et de finalement partir.

Rémi rentra à son tour chez lui, le cœur plus léger, ce qui n’échappa pas au regard aviser de sa sœur

- Toi… Tu as enfin sauté le pas ! s’exclama Thalie en s’approchant de son frère un grand sourire aux lèvres.

- Pff… Arrête Thalie, soupira son aîné.

- Tu as du rouge à lèvres grand benêt ! s’exclama sa sœur avec un rire, alors tu l'as enfin embrassé ! C’est pas trop tôt !

- Thalie…, soupira son frère, ne t’excite pas autant.

Mais il ne pouvait empêcher un sourire heureux de se dessiner sur ses lèvres. Il l’avait embrassé oui, après les nombreux mois d’hiver passés à la voir, c’est en milieu de printemps qu’il l’avait embrassé. Il avait l’impression d’avoir des ailes dans le dos et des papillons dans le ventre. Il devenait un amoureux transit. Il poussa doucement sa sœur qui ne pouvait s’empêcher de rire en le voyant sortir son téléphone et appeler celle qu’il venait de quitter.

2

Thalie sursauta en sentant des mains se poser sur ses hanches mais elle se détendit bien vite en reconnaissant John. Son John. Elle leva la tête vers lui, les yeux rieurs et l’embrassa en se hissant sur la pointe des pieds. Elle était heureuse depuis près d’un an et demi avec lui, comme jamais elle ne l’avait été avec un homme autre que son frère jumeau.

- Il l’a enfin embrassé ? demanda John en posant son menton sur l’épaule de la jeune femme qui observait son aîné. Thalie hocha la tête en souriant, tu es prête d’ailleurs ? On va bientôt y aller.

- Oui, juste à prendre une veste, dit la jeune femme, tu m’emmènes où ?

- Surprise, lui répondit John en souriant.

Thalie aimait John pour une de ses raisons, il arrivait toujours à la surprendre, la faire sourire et rire même lorsque la douleur de la perte de son frère revenait en force. Elle le suivit jusqu’à la voiture et il lui banda les yeux. Elle en fut surprise mais resta calme tout le long du trajet, pourtant lorsque le moteur s’arrêta et que la portière claqua, elle sentit une peur irraisonnée l’envahir. Elle sera le siège de la voiture, et tourna la tête vers sa propre porte. Le moment lui parut infiniment long, alors qu’il ne dura qu’en réalité qu’une poignée de seconde, avant que la porte ne s’ouvre et que John ne lui prenne doucement la main et l’aide à sortir de la voiture. Ils marchèrent quelques instants avant qu’il n’enlève le bandeau des yeux de Thalie qui resta bouche-bée.

- C’est… Le premier restaurant où nous avons diner ? demanda-t-elle surprise

- Oui m’dame, répondit John en lui tendant son bras.

- Mais pourquoi ? demanda-t-elle naïvement, elle pensait qu’il le lui dirait mais elle n’eut droit qu’à un sourire de sa part.

3

Lorsqu’ils rentrèrent dans le bâtiment, un serveur les guida jusqu’à leur table après que John ait donné son nom. Thalie était de plus en plus surprise, ce n’était pas une sortie sur un coup de tête comme il le lui avait dit. Elle se laissa guider sans pour autant poser plus de questions. Ils mangèrent tranquillement discutant de tout et de rien. La carrière de Thalie décollait et John avait été autorisé à retourner sur le terrain, mais il avait choisi de rester quelques temps encore ici. Il ne se sentait pas encore prêt à retourner sur le front, surtout pas maintenant qu’il avait Thalie. Il voulait être avec elle encore un peu. Le repas passa vite, très vite. Beaucoup trop vite au goût de John qui devenait de plus en plus nerveux pourtant, alors que le serveur rapportait les cafés, il mit soudain un genou à terre.

- Thalie…

- Qu’est-ce que tu fais… ? demanda Thalie en le regardant faire

- Voudrais-tu me faire l’honneur de devenir ma femme ? demanda-t-il tout en présentant une bague dans un bel écrin rouge à la jeune femme.

- Oui ! s’écria-t-elle après un tel moment de silence qu’il crut qu’elle n’allait jamais répondre. Il passa la bague à son doigt et se releva tandis qu’autour d’eux les autres clients applaudissaient. Thalie embrassa John avec passion. Jamais même dans ses rêves les plus fou elle n’aurait jamais imaginé que son petit ami l’aurait demandé en mariage, là où ils avaient fêté leur 1 an. La soirée se termina tout en beauté pour le couple qui rentra sur un petit nuage tard dans la soirée.

4

Les mois qui suivirent furent tout à la préparation du mariage de Thalie et John. Ils voulaient quelques choses qui se fasse en famille, uniquement en famille. Thalie n’était déjà que trop médiatisé et elle voulait quelque chose de simple. Simple mais beau. Ils avaient choisi de se marier à la mairie et de faire la fête dans le jardin, le beau temps serait au rendez-vous… Ils se mariaient au début de l’été.

Tout alla très vite, l’achat de la robe, des bagues, la préparation, la décoration… Tout arriva très rapidement.

5

Rémi se réveilla ce matin-là avec appréhension. Et si sa sœur mourrait comme Hélios ? Si elle aussi ne devait pas se marier ? Que feraient-ils ? Comment ses parents feraient-il face à la perte de leur second enfant ? Ils avaient été dévastés par la perte d’Hélios, Stan s’était presque laissé mourir, Thalie avait nier sa mort jusqu’à voir son jumeau enterré, ce qui l’avait fait entrer dans une dépression très forte jusqu’au jour où elle s’était soudain levé et avait retrouvé la joie de vivre. Ses parents avaient tout fait pour tenir bon, mais Rémi savait qu’ils ne s’en étaient toujours pas remis et que perdre Thalie pourrait leur être fatal. Et lui-même… Lui-même avait eu beaucoup de mal à se remettre de la mort de son petit-frère. Il était urgentiste à l’époque avant de passer des formations et diplômes supplémentaires pour pouvoir opérer. Il inspira à fond en regardant le plafond de sa chambre puis un sourire se forma sur ses lèvres lorsqu’il senti le poids de la jeune femme contre lui. Il l’attira passa un bras autour d’elle en déposant un baiser sur le front de la jeune femme.

- Bonjour… murmura-t-il alors qu’elle s’étirait comme un chat contre lui.

- Bonjour… lui répondit Leila avec un large sourire. Elle n’avait jamais aussi bien dormi que depuis que Rémi l’avait invité à vivre chez lui avec son fils. Elle avait rendu les clés de son petit appartement quelques semaines plutôt et l’intégration dans la famille de Rémi s’était plutôt bien passé. Elle avait eu peur qu’ils aillent trop vite, sautant des étapes mais… Ses peurs avaient été infondés. Rémi le lui avait prouvé. Ils discutèrent un peu dans le lit avant qu’un petit garçon en pyjama n’entre en courant dans la chambre et se jette avec eux sur le lit

-Steven ! Je t’ai déjà dit de frapper avant d’entrer ! dit sa mère indignée.

- Mais je voulais mon câlin du matin moi ! J’aime bien quand papa et toi me faites des câlins ! dit le garçon de huit ans boudeur.

Rémi se figea. Papa. On l’avait appelé papa.

- Steven… Je…, commença Rémi.

- Je sais que tu n’es pas mon vrai papa, dit le petit garçon, mais pour moi c’est toi, parce que tu viens me chercher à l’école quand tu peux, tu m’aides pour les devoirs et puis… tu joues et tu fais des bêtises avec moi ! ajouta-t-il avec un grand sourire, alors tu veux bien que je t’appelle papa ? dit-il finalement avec une petite voix hésitante.

Rémi regarda Leila qui lui sourit, c’était son choix. Et il aurait tout son soutien quoi qu’il décide.

- Bien sûr que tu peux m’appeler papa, dit Rémi en attirant le garçon contre lui et en lui faisant un câlin.

Ils restèrent un moment à discuter tous les trois dans le lit avant de finalement se lever. Il fallait se préparer le mariage aurait bientôt lieu. D’ici quatre heure, peut-être un peu moins, sa sœur serait mariée. Et il tenait à être sûr que tout se passait bien. Il se prépara avec Leila, l’aida à s’habiller avant d’aller aider ses parents. Au tout du moins son père. Il le retrouva en compagnie du futur marié qui était stressé comme pas possible.

- Hey, détends-toi John, lui dit Rémi en souriant, tu vas seulement te marier. Pourtant en disant ses simples mots, ils se sentaient aussi stressé que le jeune marié. Le dernier mariage auxquels il aurait du assister était celui de son petit frère...

- C’est pas ça…. Thalie est malade depuis quelques jours… Je…

- Je suis sûr que ce n’est rien, tu veux que j’aille la voir ? Je suis chirurgien mais je saurais te dire si c’est grave ou non.

- Je veux bien… Merci Rémi.

Rémi lui sourit,

- Allez-y, je vous rejoindrais avec les filles en ce cas. Je t’appelle s’il y a quelque chose de grave.

John hocha la tête avant de partir avec Benjamin qui fit un sourire inquiet à son aîné. Lui aussi avait peur pour sa fille, même s’il le cachait tout aussi bien que Rémi.

6

Thalie était assise sur son lit,

- Tu es sûr que tu te sens mieux ?  demanda sa mère en lui tendant un verre d’eau.

- Oui… Les nausées sont passées.

- Quand vas-tu lui dire ?

- Après le mariage maman. Je veux lui faire la surprise. Je n’ai pas pu lui trouver quelque chose de vraiment spéciale pour le mariage, je n’ai que ça.

- Je vois… C’est une bonne idée, lui répondit sa mère avec un sourire. Elle entendit un coup toquer à la porte, John ! Je te jure que si c’est encore toi qui frappe à cette porte je te flanque dehors plus vite qu’il ne m’en faut pour te le dire ! Je suis peut-être vieille mais pas impotente !

- Oulà, du calme maman ! dit Rémi en voyant la porte s’ouvrir, ce n’est que moi. John m’a dit que tu étais malade Thalie ?

- Malade, c’est un bien grand mot ! Tout va bien ne t’en fais pas.

- Je vais m’en assurer si tu le veux bien.

- Rémi, dit sa mère, elle n’a rien. Rien de mauvais en tout cas, croies-en ta vieille mère.

- Qu’est-ce que vous nous cachez toutes les deux ?

- Si tu me forces à te le dire, je te tue, dit Thalie.

- Oulà. Très bien, très bien je m’en vais, dit Rémi un grand sourire aux lèvres.

7

Quelques heures plus tard, après la cérémonie de mariage, toute la famille était réunie dans le jardin familiale. Les mariées avaient eu de nombreuses félicitations et se retrouvaient enfin un petit peu seul, au moment de l’ouverture du bal. A la fin de la danse, alors que Thalie tournoyait une dernière fois, elle dit à son époux.

- John… Je suis enceinte.

Il la regarda alors, s’arrêtant soudain alors que la musique continuait toujours

- Tu es sérieuse ?

- On ne peut plus sérieuse.

- Papa…. Je vais être papa ! s’écria-t-il alors en embrassant la jeune femme qui se mit à rire sous l’assaut de baiser de son époux.