1

Rémi se passa une main devant le visage. Il était fatigué, la journée avait été longue et elle était loin d’être terminé. Il but son café en salle de pause en regarda un dossier. Aujourd’hui il devait opérer un petit garçon de cinq ans pour des otites à répétitions. Il vérifia une dernière fois le dossier avant de se lever, jeter son gobelet et d’aller dans la chambre du patient.

- Bonjour Eliott, dit Rémi en souriant.

- Bonjour docteur ! répondit le petit garçon en s’asseyant sur son lit et serrant son nounours contre lui.

- Tout va bien aujourd’hui ? demanda-t-il tout en vérifiant les dernières constances du gamin.

- Oui ! Mais j’ai faim… se plaignit le garçonnet.

- Je me doute loulou, mais il faut attendre, dans moins de cinq minutes, on va venir t’endormir et t’opérer. Ensuite, tu pourras manger… j’ai même entendu dire que tu aurais droit à une surprise de la part des infirmières, répondit le rouquin avec un clin d’œil.

Le petit garçon battit des mains en riant de plaisir tandis que la mère d’Eliott souriait. Quelques minutes plus tard, le petit garçon était descendu en salle d’opération et endormi.

Rémi procéda à l’opération qui se déroula sans le moindre problème, c’était bénin et une opération presque routinière pour le chirurgien en devenir qu’il était. Pourtant, comme à chacune des opérations qu’il pratiquait, il vérifiait tout, ne laissait passer aucune erreur et c’était cela qui lui valait le respect des infirmières et de ses supérieurs. Lorsque l’intervention fut terminée, il vérifia que tout était en ordre, avant de retirer et sa tenue et d’aller prévenir la mère du petit Eliott que l’opération s’était bien déroulée.

2

L’heure de midi arriva et il se rendit au self tout en répondant aux questions de ses internes sur l’intervention qu’ils avaient observés.

- Pourquoi avoir choisi ce type de cicatrisation ? demanda alors une interne aussi rousse que lui.

- Parce que cela sera plus facile pour lui, il est encore jeune et sa capacité de guérison est aussi jeune que lui et beaucoup plus rapide. Et en plus il ne sera pas obligé de changer pendant trop longtemps son régime alimentaire, ce qui est aussi important pour un enfant de son âge. Mais surtout parce qu’il était positif à ce type de cicatrisation, sinon j’aurais choisi une voix classique.

- Je vois.

Rémi laissa quartier libre à ses internes en leur conseillant de se reposer, cette après-midi il risquait d’y avoir beaucoup de soucis. La ville avait lancé une alerte rouge sur les chutes de neige, et qui disait alerte rouge, disait beaucoup d’accident. Alors qu’il s’installa à une table avec des collègues il entendit qu’on l’appelait. En tournant la tête, il perdit son sourire.

- Sophie, dit-il froidement en se retournant vers son plateau et commençant à manger.

- Pourquoi tu ne réponds plus à mes appels ? demanda la jeune femme en se crampant derrière lui.

- Parce que tu ne veux qu’une chose de moi et je t’ai déjà dit non. Je n’ai pas de temps à perdre avec une fille comme toi.

- Tss, tu ne sais pas ce que tu rates.

- Il ne rate rien, lança un collègue masculin non loin de Rémi, juste une fille incapable de tenir sa libido en laisse, si t’as autant de besoin va voir derrière les bars le soir, tu pourras même te faire payer pour ça.

- Connard, dit Sophie en se retourna après avoir jeté un regard lourd de sens à Rémi. Lorsqu’elle fut assez loin, Rémi soupira de soulagement en remerciant son collègue. Il avait fait l’erreur d’accepter un soir d’aller boire un verre avec Sophie et depuis la jeune femme ne le lâchait pas d’une semelle, sauf que lui ne voulait pas d’une relation sans lendemain et encore moins avec une fille comme elle.  Il termina son repas avant de reprendre le travail.

3

Lorsqu’il rentra chez lui, sa sœur l’accueilli avec un sourire qu’il lui rendit.

- Journée difficile ? demanda la jeune femme en se levant du canapé après qu’il soit entré dans le salon

- Comme à chaque chute de neige…

- Tu as perdu beaucoup de patient ? demanda Thalie en allant servir une tasse de thé à Rémi et la lui tendant.

- Quatre. Ils sont morts à leur arrivé dans mon service, je n’ai même pas pu essayer de les sauver, soupira-t-il tout en remerciant sa sœur du regard, John n’est pas là ? demanda-t-il surpris.

- Il a repris les entraînements aujourd’hui, dit Thalie, il n’est toujours pas autorisé à retourner sur le terrain, mais il peut reprendre les entraînements et les mises en situations.

- Je vois, c’est bon signe.

- Oui. Je crois qu’il allait devenir fou à rester enfermé à la maison.

- C’est un homme d’action tu le sais, répondit Rémi en souriant.

- Oh oui, dit Thalie avec un rire, je le sais très bien.

Rémi leva les yeux au ciel avant de finir son thé et de monter à la salle de bain. Il avait besoin d’une douche, cela faisait près de quarante-huit heures qu’il n’était pas rentré et la seule chose qu’il désirait c’était se doucher, manger un bon repas chaud dont sa mère avait le secret et dormir au moins neuf heures sans être réveillé. Il adorait son métier mais parfois, cela lui pesait. Il aurait aimé avoir moins d’ambition, ne pas vouloir devenir chirurgien mais il se sentait tellement utile lorsqu’il réussissait à sauver des vies qu’il était incapable de démissionner.

4

Rémi se réveilla tard ce jour-là, il avait un jour de congé comme il n’en n’avait pas eu depuis des semaines. Il prit son temps, déjeuna tranquillement avant d’aller s’habiller. Il était seul à la maison, ses parents étaient à leur club d’art martiaux, malgré l’âge qu’ils prenaient, ils n’avaient pas arrêté de prendre des cours, Thalie était partie au travail depuis longtemps. Elle travaillait au studio de cinéma qui avait ouvert en ville et tout semblait bien se passer pour elle et John lui partait si tôt le matin, qu’on ne le voyait que le soir pour le diner. Aujourd’hui, il avait décidé de profiter de sa journée et de se rendre au parc. Il n’avait pas vraiment l’occasion de profiter des activités proposées habituellement en hiver et comptait bien rectifier ça. Il s’habilla donc chaudement avant de prendre sa voiture et d’aller au parc.

5

Là-bas, il chaussa rapidement un surf et fit quelques aller-retour sur le U mis à disposition. Depuis qu’il travaillait, il n’avait pas eu l’occasion de refaire du surf ou du ski. Sa dernière sortie remontait à son adolescence, avec un groupe d’amis pour fêter le début des vacances de Noël. Après presque une heure à profiter du Snow Park, il finit par déchausser. Il commençait à avoir froid et faim. Il se dirigea donc vers l’un des stands et commanda une boisson chaude ainsi qu’une barquette de frites. Il mangerait mieux ce soir, se dit-il tout en payant la jeune femme. Puis il s’assit sur l’un des bancs et regarda les enfants jouer dans la neige. Elle était loin l’époque où lui-même profitait de la neige comme eux. Loin les jours où pour trop de neige, les écoles et lycées étaient fermés à la grande joie des élèves qui profitaient alors d’une grasse matinée supplémentaire. Il jetait ses déchets à la poubelle lorsqu’il reçut une boule de neige froide dans le cou.

- Hey ! S’exclama-t-il en se retournant tandis que les gamins couraient se cacher, bande de chenapan cria-t-il en faisant à son tour une boule de neige qu’il envoya sur l’un des enfants. Le petit garçon poussa un cri de plaisir avant de se retourner et d’envoyer à nouveau une boule de neige sur l’homme. Rémi joua un moment avec les enfants puis une femme arriva, elle devait avoir son âge et ne semblait pas vraiment contente.

- Enfin je te retrouve ! Tu aurais pu me dire que tu sortais ! Je me suis fait un sang d’encre !

- Pardon maman… Je ne voulais pas te réveiller… dit l’un des garçons en se mordant la lèvre.

- Tu aurais pu laisser un mot ! Je me réveille et je vois que tu as disparu qu’est-ce que tu croyais que je ferais ? Je me suis inquiété ! Elle gronda son enfant un bon moment avant de finir par le prendre dans ses bras. Puis, elle se tourna vers Rémi, je suis désolée… J’espère qu’ils ne vous ont pas embêter lui et ses copains.

- Non, ne vous en faites pas, j’étais venu dans l’idée de me changer les idées. Ils y ont bien contribué.

- Laisser-moi vous invitez à boire quelque chose de chaud, dit la jeune femme en prenant son fils par la main.

- Si vous y tenez, dit Rémi en haussant les épaules.

- J’y tiens, dit la jeune femme avant d’entrainer son fils et Rémi vers un café près du parc.

6

Une fois dans le café, ils enlevèrent leur veste, trop chaude pour l’intérieur surchauffé. La jeune femme commanda deux cafés et un chocolat chaud pour son fils.

- Merci d’avoir gardé un œil sur eux… dit la jeune femme.

- Ce n’était pas vraiment voulu vous savez… Je me suis fait attaqué à coup de boule de neige.

- Steven…, dit la jeune femme en jetant un regard lourd à son fils qui eut un sourire innocent.

- Ce n’est rien, ne le gronder pas, on peut bien s’amuser un peu, dit Rémi en souriant.

- Vous êtes beaucoup trop gentil monsieur… ?

- Appelez-moi Rémi.

- Enchantée, je suis Leila, répondit la jeune femme, et le petit monstre là c’est Steven.

Rémi lui sourit et ils discutèrent un moment tous les trois. Tant et si bien qu’en sortant du café, ils furent surpris que la nuit soit tombé. Rémi les raccompagna dans leur petit appartement avant de reprendre lui-même le chemin de son domicile.