1

 L’accouchement fut difficile. Clio subit une césarienne, les jumeaux étaient mal placés. Les médecins ne comprenaient pas vraiment, car sur les échographies tout semblait normal. Elle passa près de vingt-deux heures en salle d’accouchement. Benjamin avait eu très peur pour sa femme. Les médecins avaient d’abord décidé de la faire accoucher normalement. Elle avait perdu les eaux et à la description qu’elle donnait, les bébés étaient sur le point d’arriver. Elle avait rapidement été descendue dans la salle suivie du papa qui était déjà fort anxieux. A un moment donné, les médecins demandèrent à Benjamin de sortir. Il fit alors les cents pas devant la salle. Il ne supportait pas de ne pas savoir ce qu’il se passait dans la salle et commença à se faire un sang-d’encre. Une sage-femme sortit alors de la salle en l’appelant.

- Comment cela se passe-t-il ? Ma femme va bien ? demanda-t-il avec inquiétude.

- Cela ne se présente pas très bien… Les jumeaux sont mal placés, nous allons devoir procéder à une césarienne, votre femme est très fatiguée, nous ne voulons pas la mettre en danger, ni elle ni les bébés.

- Je… Je comprends, répondit le futur père sonné, est-ce… Est-ce que je peux revenir ?

- Oui bien sûr, venez… Elle va avoir besoin de soutien le temps que nous procédions à la césarienne.

Tout se déroula alors très vite. En une heure et demie, les jumeaux étaient nés.

- Vous avez un magnifique petit garçon et une petite fille. Nous allons vérifier que tout va bien pour eux le temps qu’on vous recouse. Vous voulez venir avec nous Mr Alpha ?

Benjamin hocha la tête et suivit les sages-femmes qui s’occupèrent de laver et vérifier tous les signaux vitaux des enfants. Une fois cela fait, il revint dans la salle où, les enfants qui pleuraient furent posés sur leur mère.

Clio eut un sourire fatigué en posant doucement ses mains contre le dos des enfants.

- Qu’ils sont beaux… murmura-t-elle d’une voix épuisée.

- Comment souhaitez-vous les appeler ? demanda le médecin.

- Dis-leur… murmura Clio trop fatiguée.

- Hélios pour le petit garçon et Thalie pour la fille, répondit Benjamin. Ils étaient tombés d’accord quelques jours plus tôt, sur deux prénoms différents. Ils avaient donc pris ceux sur lesquels ils avaient eu un coup de cœur. Le médecin nota les noms avant de faire préparer Clio et ses bébés à monter dans leur chambre.

2

Quelques jours plus tard, Clio et Benjamin rentraient chez eux. Clio et les jumeaux avaient été gardés en observation. Les médecins avaient voulu les surveiller une petite semaine pour être sûrs que tout était en ordre. Clio et Benjamin furent accueillis en fanfare. Toute la famille était réunie pour accueillir les deux nouveaux membres de la famille à la maison. Le petit Rémi avait hâte d’avoir ses frères et sœurs. Lorsque ses parents posèrent les sièges-auto sur le canapé, les trois enfants s’approchèrent pour les regarder. Les deux petits dormaient à poings fermés. La soirée se déroulant dans la bonne humeur. Janice se sentait un peu revivre d’avoir deux nouveaux enfants dans la maison, même s’ils étaient encore petits, elle espérait les voir grandir un peu. Elle n’était pas si vieille, seulement depuis son accident, elle avait toujours eu l’impression d’être une vieille personne dont on devait constamment s’occuper. Elle n’avait pas peur de la mort oh non, elle attendait jusqu’elle vienne la chercher mais elle apprécierait qu’elle la laisse profiter de ses nouveaux petits-enfants d’abord.

3

Les mois passèrent à toute vitesse, les jumeaux avaient eu du mal à faire leurs nuits, ils avaient commencé par être complètement décalés, l’un vivait le jour tandis que l’autre la nuit et dès que l’un pleurait l’autre se réveillait. Mais au bout de quatre mois, ils avaient enfin commencé à faire leur première nuit, ce qui avait soulagé les deux parents. Benjamin qui n’avait pas arrêté de travailler et voulait à tout prix aider Clio avec les enfants était sur les rotules et n’en pouvait plus. Les mois s’étaient donc succédés un peu plus calmes, les jumeaux grandissaient, ils commençaient à parler, à marcher, à être propre. Leur caractère se différentiait aussi. Hélios était plus calme, presque taciturne, toujours le nez plongé dans un livre ou dans un dessin, sa jumelle Thalie était presque son contraire. Elle ne pouvait pas s’empêcher de courir partout, elle adorait faire le pitre essayer de faire rire les autres et bien souvent elle y réussissait, ce qu’elle aimait le plus c’était entendre le rire de son jumeau et voir son sourire, mais aussi celui de maman, de papa et de Rémi, ce grand frère si différent d’eux mais qu’elle aimait de tout son cœur.

4

Les années avançaient, à la fois semblables et différentes. Rémi allait fêter ses six ans et en cette fin de journée c’était la fête. Clio finissait d’habiller les jumeaux tandis que Rémi prenait son bain.

- Rémi il va avoir quel âge ? demandait Thalie à sa maman qui finissait de lui enfiler sa robe préférée. La robe rouge avec les toutes petites fleurs blanches dessus, elle adorait cette robe, lorsqu’elle tournait sur elle-même la jupe se soulevait et elle avait l’impression d’être une princesse.

- Il a six ans aujourd’hui.

- Et nous, on a quatre ans ! s’écria-t-elle toute fière.

- C’est ça, dit Clio en posant sa fille sur le sol.

- Hélios regarde ! dit la fillette qui avait déjà oublié la suite de sa question. Elle portait sa robe et elle voulait tourner pour faire rire son frère, ce qu’elle fit et elle fut récompensée par le rire de son jumeau alors qu’elle s’écroulait à terre, sa tête tournait à force d’avoir tourné sur elle-même à toute vitesse.

- Thalie… Ne te salie pas s’il te plait je n’aurais pas le temps de te changer.

- D’accord maman ! dit la fillette.

Clio prit les mains de ses deux cadets et les aida à descendre les marches menant au rez-de-chaussée, Janice était en cuisine avec Benjamin, ils préparaient à eux deux le repas préféré de Rémi.

- Mamiiiiiiiiiie ! dit Thalie en courant vers sa grand-mère pour qu’elle la prenne dans ses bras, ce que la vieille femme fit avec un peu difficulté, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle mutine. Elle avait vu le plat encore plein de chocolat sur le plat de travail à portée de main.

- J’aide ton papa à cuisiner. Tu veux nous aider ?

- Maman a dit que je dois pas être sale…. Mais je peux manger le chocolat quand même, dit-elle en tendant la main vers le plat.

- Si maman a dit non alors… dit Benjamin en plongeant le doigt dans le plat et en le tendant à sa fille qui suçota le chocolat au bout avec un sourire. Hélios qui était aussi gourmant que sa sœur tirant sur le pantalon de son père.

- Moi aussi…, dit-il de sa petite voix fluette. Presque inaudible, mais son père était attentif et plongea nouveau un doigt dans le plat avant de le donner à Hélios qui sourit jusqu’aux oreilles puis il courut vers la table du salon avec sa sœur où ils dessinèrent en attendant l’arrivée du reste de la famille.

5

La famille arriva rapidement, les enfants jouèrent ensemble jusqu’à ce qu’on les appelle pour manger. Le repas fut bruyant mais aussi joyeux, jusqu’à l’arrivée du gâteau, tout le monde chanta jusqu’à ce que Rémi souffle ses bougies. Le petit garçon souriait heureux, sa famille était là autour de lui, il avait eu de chouettes cadeaux et en septembre, il rentrerait à l’école et retrouveraient ses cousins à la récré. Il avait hâte. La soirée se termina dans le calme, les plus petits dormaient à poings fermés, les adultes discutaient tranquillement pendant que Flynn, Rémi et Rider regardaient un dessin animé. Aux alentours de minuit, Peter et sa famille rentrèrent chez lui et Clio envoya Rémi se préparer à dormir. Le petit garçon monta et se brossa les dents avant d’enfiler son pyjama et d’attendre sa maman. Il avait hâte que sa maman arrive, elle lui avait promis de lui lire une histoire ce soir-là et son papa devait aussi venir lui faire un bisou. Il veilla, mais à peine se fut-il glissé sous ses couvertures qu’il s’endormit. La journée avait été longue et malgré qu’il soit devenu un grand, il avait tellement joué et profité qu’il s’était épuisé. Lorsque Clio arriva livre à la main dans la chambre de son fils, elle l’embrassa sur le front un doux sourire aux lèvres avant d’aller dormir à son tour.

6

Les mois avancèrent et la rentrée était arrivée. Rémi était allé tout fier prendre le bus pour la première fois, il avait fait la connaissance de ses camarades dans le bus et la rentrée s’était plutôt bien déroulée, les premiers cours avaient été intéressants. Il avait aimé apprendre l’alphabet, ses premiers mots, lire. Tout cela lui avait plu. Mais ce qu’il avait préféré c’était les chiffres, il adorait apprendre à les additionner ou les multiplier. Les semaines s’étaient enchainés rapidement, il aimait un peu moins les devoirs du soir mais comme sa maman ou son papa l’aidait, cela allait. Mais… Mais un jour il avait commencé à avoir des remarques et à se poser des questions. Pourquoi ses parents étaient-ils bruns ? Ses cheveux à lui étaient roux, et sur les photos son papy et sa mamie avaient aussi les cheveux bruns, et lui avait les yeux verts alors que ses parents avaient les yeux bleus. Le soir à table il posa la question. Clio et Benjamin se regardèrent. Ils pensaient avoir quelques années devant eux avant d’expliquer à Rémi qu’il avait été adopté. Ils finirent de manger, puis Clio coucha les deux plus jeunes tandis que Benjamin allait chercher un dossier. Il s’assit dans le canapé, Rémi à ses côtés puis Clio les rejoint.

- Tu sais, commença Clio, que ton père et moi pensions que nous ne pourrions pas avoir d’enfants.

- Oui, dit Rémi, je me souviens que tout le monde était content lorsque tu étais enceinte, même s’il était encore petit, il se souvenait de la joie qu’il y avait eu dans la maison lorsque sa maman était enceinte.

- Et bien, ton père et moi avant la naissance de ton frère et de ta sœur, avions fait une demande d’adoption.

- Donc je suis adopté ?

- Oui, mais sache qu’on t’aime autant que tes frères et sœurs d’accord ?

Rémi hocha la tête,

- Mais… Du coup, mon autre maman et mon autre papa, ils sont devenus quoi ?

- C’est pour ça que j’ai été chercher le dossier, on va le lire ensemble si tu veux, répondit Benjamin.

Rémi hocha la tête et son père ouvrit la première page, on voyait une photo de deux personnes, tout aussi rousses que Rémi et les yeux aussi vert que lui. Ils étaient cependant plus pâles que ne l’était Rémi.

- O’Su..lli…Van…O’Sullivan ? demanda Rémi en déchiffrant le nom de famille.

- C’est ça, approuva Ben, Elisa et Justin O’Sullivan, c’était ton papa et ta maman avant nous.

- Et ils sont où maintenant ? demanda le petit garçon curieux, pourquoi je suis pas avec eux ?

Clio eut un coup au cœur, n’était-il pas heureux avec eux ?

- Et bien, répondit Benjamin en voyant son épouse, alors que tu étais tout petit, ils ont eu un accident de voiture. Ils sont restés pendant très très longtemps dans le coma.

- Le coma ? demanda Rémi.

- C’est comme s’ils dormaient mais qu’ils ne pouvaient pas se réveiller.

- D’accord et ils sont toujours dans le coma ? demanda Rémi.

- Non… Ils ont rejoint les étoiles… Après de long mois a essayer de se réveiller, leur corps a dit stop et ils sont partis.

- Ils sont morts ? demanda Rémi

Clio et Benjamin hochèrent la tête, et regardèrent Rémi qui observait la photo de ses parents biologiques. Ils avaient peur, il est petit encore, comment prendrait-il la nouvelle ? Est-ce qu’il allait leur en vouloir ?

- Je suis content d’être avec vous, dit Rémi, je suis content que vous soyez mon papa et ma maman dit-il, parce que vous êtes les plus chouettes parents du monde, et que j’ai la plus chouette famille. J’ai un petit frère et une petite sœur et j’ai deux cousins trop marrants.

Clio sourit doucement en caressant la tête de son fils. Un vrai petit homme, il avait l’air d’avoir bien pris la nouvelle.

- Est-ce que je peux garder la photo ? demanda-t-il.

- Bien sûr, est-ce que tu veux qu’on lise le dossier ensemble ?

- Pas maintenant, plus tard, refusa-t-il en prenant la photo du dossier, tu me lis une histoire maman ?

- Bien sûr, monte vite dans ton lit et j’arrive, dit-elle en souriant.

7

Ce soir-là, Rémi s’endormit avec sur sa table de chevet une nouvelle photo. Celle de ses parents biologiques à côté de celle de sa famille actuelle mais surtout avec un sourire aux lèvres car sa mère lui lisait une histoire. Et il adorait ses histoires où sa mère mêlait sa magie. Elle faisait des mirages qu’elle animait, c’est comme si les histoires qu’elle écrivait étaient animées par ces mirages qu’elle faisait.

- Pourquoi tu peux faire de la magie maman ?

- Parce que je suis une Muse, lui répondit-elle avec un sourire.

- Comme celle de ton histoire ?

- Oui, je te raconterai un autre soir d’accord ? Là il faut dormir, il est tard et il y a école demain.

- D’accord, bonne nuit maman. Je t’aime fort.

- Moi aussi poussin. Bonne nuit.