1

Les résultats étaient tombés. Elle n’était pas enceinte. Ce retard était simplement dû au traitement qu’elle prenait. Mais c’était bon signe, cela signifiait que le traitement faisait effet, leur avaient dit les médecins. Elle avait été refroidie et déçue. Mais cela avait tout de même était un choc bénéfique puisse que l’inspiration lui était revenue.  Ces mois de pages blanches ou d’idées qui lui avaient semblées mauvaises furent oubliés. Elle écrivit énormément durant de nombreux mois, comme si son inspiration compensait ce tant de vide qu’elle avait traversé. Dans le même temps, une maison d’édition la repéra. Elle la contacta pour lui demander si elle serait intéressée pour être éditée. Clio n’en était pas revenue, elle en avait parlé avec Benjamin qui l’avait poussée à accepter. Ce qu’elle avait fait. C’était ainsi que quatre mois après la naissance de son neveu… Elle avait été publiée. Les mois suivants, elle écrivait toujours autant mais bougeait aussi énormément. Son roman avait fait un carton, l’histoire d’Hadès, le dieu grec de la mort, se battant pour récupérer ses enfants et sa femme avait touché les cœurs. Elle n’allait certainement pas révéler qu’elle s’était inspirée de faits réels dans ses différentes interviews, mais c’était le cas. Certes, elle avait enjolivé l’histoire de son oncle, mais grâce à cette histoire… Elle allait faire connaître aux gens, cette culture trop peu étudiée à son goût. Sa culture, ses origines et elle en était fière maintenant. Elle pouvait le dire, elle était fière d’avoir des origines grecques, et même olympienne. Elle était fière d’être la muse.

2

Les années passèrent doucement et rapidement à la fois. Le petit Flynn grandissait et avait eu un petit frère. Le petit garçon rentrait maintenant en CP et son frère Rider, avait trois ans. Les deux garçons étaient très proches l’un de l’autre et faisaient tourner toute la maison en bourrique avec leurs bêtises, certes innocentes et sans grand mal mais leur mère désespérait de les voir devenir sages. Le seul moment où ses enfants étaient sages c’était lorsqu’elle chantait pour eux. Les deux garçons devenaient alors aussi sages que des images. Clio était très proche de ses neveux, elle prenait toujours son traitement, mais… N’y voyait aucune amélioration. Elle ne tombait pas enceinte, et son état n’avançait pas. Elle avait songé à l’abandonner mais sa mère lui avait conseillé de continuer, au moins quelques mois encore. Elle avait accepté plus pour lui faire plaisir qu’autre chose. Elle commençait à sérieusement songer à l’adoption et en parla à Benjamin. Ce dernier s’inquiéta. Elle était censée donner naissance à la prochaine muse… S’ils adoptaient ne risquaient-ils pas de mettre en péril l’équilibre du monde ?

- Mon père s’est mis tout seul dans ce problème. S’il voulait tant être sauvé… Il aurait peut-être dû y penser avant de me rendre partiellement stérile à force de me frapper dans le ventre, répondit-elle.

- Je sais… Tu veux qu’on aille faire une demande de dossier quand ?

- Quand tu voudras… Je… j’ai vraiment envie de devenir mère… murmura-t-elle.

Benjamin la serra contre lui, lui aussi voulait devenir père. Et si la nature et la médecine moderne n’était pas capable de les aider, alors ils iraient vers les services d’adoption.

- On va prendre rendez-vous pour voir ce que nous devons faire, dit-il alors.

3

Quelques jours plus tard, ils étaient assis dans le bureau d’une assistante sociale. Elle leur posait différentes questions. Quelles étaient leur situation financière, leur condition sociale, pourquoi voulaient-ils adopter ? Clio et Benjamin lui expliquèrent tout, la stérilité partielle de la jeune femme, le traitement qui ne semblait pas avoir d’effet.

- Comptez-vous continuer à prendre ce traitement ? demanda l’assistante.

- Quelques mois encore oui, répondit Clio, plus pour ma mère que pour moi. Je n’y crois plus trop.

- Depuis combien de temps prennez-vous le traitement ?

- Près de sept ans.

- Bien. Je ne vous cache pas que votre dossier est difficile : votre situation financière même si elle n’est pas mauvaise, n’est pas excellente, votre maman qui n’est pas en bonne santé, vous qui n’avez pas qu’un travail d’écrivain, certes vous gagnez assez pour vivre, mais le vrai salaire régulier ne vient que de votre époux. Cependant, vous avez la chance d’avoir eu, si je puis dire ainsi, un traitement contre la stérilité qui ne marchait pas, et vous avoir rencontrée, et discuter avec vous me permet de voir que vous êtes des personnes sérieuses, et que votre travail à domicile madame Alpha, vous permettra de vous occuper d’un bébé. Je vais devoir passer chez vous, voir dans quel environnement grandirait l’enfant, si le lieu est adapté, ce dont je ne doute pas. De ce que j’ai compris votre frère vit toujours avec vous avec ses enfants c’est cela ?

- Oui, répondit Clio.

- Bien… Je passerai courant semaine prochaine, passez une bonne fin de journée monsieur et madame Alpha.

- Merci, à vous de même, répondit le couple tout en se levant et serrant tour à tour la main tendue de l’assistante.

4

La semaine suivante, l’assistante sociale sonna à la porte. Clio qui gardait Rider pendant que ses parents travaillaient alla ouvrir en se demandant qui cela pouvait être. Elle fut surprise de voir l’assistante mais lui sourit.

- Bonjour, entrez, dit-elle en s’effaçant pour laisser passer la femme, tu dis bonjour Rider ?

- Bonzour, dit le bambin en zozotant un peu.

- Bonjour madame Alpha, Rider, répondit la femme en entrant.

- Pourquoi la madame elle est là tata ? demanda Rider.

- Elle vient voir si tonton et moi serions de bons parents pour que tu puisses avoir un cousin, lui expliqua la jeune femme.

- Ma tata elle serait une super maman ! s’écria le petit garçon, elle me donne des gâteaux à goûter et j’ai le droit à une mousse au chocolat en dessert !

La femme sourit attendrie par la spontanéité du petit garçon. C’est pour ça qu’ils passaient à l’improviste. Pour que les demandeurs d’enfants ne puissent pas préparer leur famille, que les assistants aient une vue honnête de la vie de famille.

5

Clio invita la femme à venir dans le salon. Elle posa son neveu près de la table basse et le petit garçon reprit son coloriage.

- Voulez-vous boire quelque chose ? demanda poliment Clio.

- Non, merci, c’est gentil. Je vais visiter la maison… Pouvez-vous me montrez où l’enfant aurait sa chambre ?

- Oui bien sûr, Rider ?

- Mhm ? dit le garçonnet tout concentré à son dessin.

- Tu restes à dessiner ici ou tu veux venir avec nous ?

- Dessiner.

- D’accord, tu es sage alors.

- Promis.

Elle posa et activa le Baby-phone glissant le second dans sa poche pour pouvoir garder un œil et une oreille sur son neveu avant de monter à l’étage pour montrer la chambre du futur bébé.

- Voici sa chambre… Nous allons recevoir une nouvelle lampe dans la semaine, dit-elle, en montrant un angle de la pièce, celle que nous avions commandé est arrivée cassée.

- Très bien. Elle prit quelques photos de la chambre, un léger sourire. Il avait vraiment pris leur demande d’adoption au sérieux, la chambre avait un berceau adaptable, il y avait une table à langer, une bibliothèque remplie de livres pour enfant, des jouets, des peluches… Tout pour le plaisir d’un enfant, je vais faire le tour de la maison, je viendrais vous faire mon compte-rendu lorsque j’aurais terminé.

- Très bien, l’étage c’est surtout nos chambres, et celles des garçons, la chambre de ma mère est au rez-de-chaussée, elle se repose pour le moment mais je pourrais aller la réveiller si vous avez besoin de voir sa chambre.

- Cela ira ne vous en faites pas.

Clio hocha la tête avant de retourner en bas auprès de son neveu. Elle s’assit près de lui et regarda ce qu’il dessinait un léger sourire aux lèvres. Puis elle se leva et regarda l’heure, Flynn allait bientôt rentrer, elle alla donc dans la cuisine et prépara le goûter. Aujourd’hui, les enfants auraient des cookies. Elle savait que ses neveux adoraient ça et elle comptait bien leur faire plaisir. Elle mit sa fournée au four tandis qu’au-dessus d’elle, elle entendait les talons de l’assistante sociale parcourir l’étage. La porte d’entrée s’ouvrit alors,

- Je suis rentrée tata ! s’écria la voix de son neveu, ça sent bon ! s’écria-t-il en arrivant en courant. Il posa son cartable près du canapé et s’approcha du plan de travail, des cookies ! s’écria-t-il en voyant les biscuits encore chauds sortis du four.

- Sois patient loulou, ils sont encore chauds.

- D’accord tata ! Je peux prendre quelque chose à boire ?

- Qu’est-ce que tu veux boire ? demanda-t-elle.

- Il y a du jus d’orange ? demanda Flynn plein d’espoir.

- Oui, tu veux du jus d’orange aussi Rider ?

- Ouiiii, dit le garçon en arrivant près de son frère et tirant sur le bas de son T-shirt pour qu’il le prenne dans ses bras.

Ce que fit Flynn et Rider essaya d’attraper un cookie.

- Rider c’est chaud ! Attends ! lui dit Clio en repoussant doucement les mains du garçonnet, pose le Flynn, vous allez tomber et vous faire mal.

6

A regrets, Flynn posa son frère à terre tandis que sa tante leur servait leur jus d’orange. Elle le leur donna puis, demanda à Flynn comment s’était passé sa journée de cours. Elle en avait complètement oublié l’assistante sociale qui était redescendue et la regarda s’occuper de ses neveux. Cela la convint. La maison était parfaitement adaptée pour un enfant en bas-âge, il aurait d’autres enfants avec qui grandir mais serait aussi entouré d’amour. Clio donnait des cookies à ses neveux lorsqu’elle entendit qu’on l’appelait par son nom. Elle releva la tête et sourit à l’assistante masquant son inquiétude.

- J’arrive tout de suite, Flynn ? Tu surveilles ton frère le temps que je parle avec la dame s’il te plait ?

- Oui ! dit le garçon, on peut prendre combien de cookies ? demanda-t-il gourmand.

- Pas plus de trois, sinon vous ne mangerez rien ce soir.

Un long sourire se forma sur les lèvres des deux garçons et Clio les laissa seuls allant vers la femme.

- Bien, j’ai terminé mon inspection, la maison est propre, entretenue, et parfaitement adaptée à accueillir un bébé. Je vais transmettre mon avis à mes supérieurs qui vous transmettront leur réponse d’ici quelques temps. Une bonne fin de journée à vous madame Alpha, dit-elle en serrant la main de Clio avant de partir. Cette dernière la remercia avant de finir d’aller s’occuper de ses neveux.

7

Quelques mois plus tard, Benjamin et Clio reçurent une lettre. Leur demande d’adoption était acceptée, ils accueilleraient d’ici quelques semaines un petit garçon répondant au nom de Rémi, âgé de trois mois. Clio pleura de joie lorsqu’elle sut qu’elle allait avoir un petit garçon et ils attendirent fébrilement l’arrivé du petit garçon. Ce fut un beau matin d’automne que l’assistante sociale vient leur confier la garde de Rémi, le petit garçon était éveillé. Son duvet roux et ses grands yeux verts charmèrent aussitôt ses parents et très vite le reste de la famille. La carrière d’auteur de Clio connut un nouvel essor, ses écrits se vendaient comme des petits pains, mais elle déclinait les dédicaces trop loin de chez elle, elle ne voulait pas laisser son bébé trop longtemps. Elle ne participait donc qu’aux dédicaces où elle pouvait rapidement être chez elle s’il y avait le moindre problème.

Les petits Flynn et Rider étaient ravis de ce nouveau bébé, un nouveau compagnon de jeu était toujours une source de joie pour les deux garçons. Il passait la plupart de leur temps avec leurs cousins, grimaçant devant son transat pour le faire rire ou le chatouillant. Rider adorait aider sa tante durant la journée. Il aimait beaucoup donner le biberon à son cousin où faire la sieste avec lui. Contrairement aux enfants de Wendy et Peter, Rémi avait rapidement fait ses nuits et avoir eu un nouvel environnement autour de lui, ne semblait pas l’avoir perturbé plus que ça.

8

Clio était à l’hôpital. Elle devait faire différentes analyses. Rémi jouait avec les cubes. Il avait bien grandi et avait bientôt deux ans. Il marchait bien et parlait presque correctement. Du moins, il était capable de parler avec sa famille et de demander différentes choses. Il empila les cubes, et rit lorsque ses derniers tombèrent à terre. Clio sourit puis replongea le nez dans son livre. Le médecin arriva alors, et l’appela. Elle rangea son livre dans son sac et prit son fils par la main. Elle suivit le médecin jusqu’à son cabinet au sein de l’hôpital.

- Bien, madame Alpha, vos résultats sont excellents… Et je vous félicite.

- Vous me félicitez ? dit Clio en fronçant les sourcils.

- Vous êtes enceinte de trois mois… Vous n’étiez pas au courant ?

Clio écarquilla les yeux.

- Pardon ? Je… Non.

- Oh, voilà qui est peu commun, j’ai le plaisir de vous dire que vous allez accueillir un nouvel enfant dans votre foyer. Comment cela se fait-il que vous ne vous en soyez pas rendue compte ? Vous n’avez pas remarqué l’absence de vos règles ?

- Je ne m’en suis pas plus inquiétée que ça. Le traitement que j’ai pris pour contrer ma stérilité m’a complètement déréglée. Il m’est déjà arrivé de ne pas les avoir pendant plusieurs mois.

- Je vois… Et vous le prenez toujours où vous avez arrêté votre traitement ?

- Je l’ai arrêté il y a neuf mois.

- Et bien… Cela a été bénéfique, revenez me voir le treize à dix heure trente, nous ferons la première échographie.

- D’accord… dit la jeune femme un peu sonnée. Elle avait du mal à imaginer que d’ici quelques mois… Elle allait avoir un bébé. Un long sourire se forma sur ses lèvres, elle récupéra ses résultats avant de prendre son fils par la main et de retourner à sa voiture.

9

Alors qu’elle l’installait dans la voiture, son fils demanda

- Maman va avoir un bébé ?

- Oui mon chéri, dit-elle alors que des larmes perlaient sur ses joues.

- Pourquoi maman pleure ?

- Parce que je suis heureuse mon ange, tu sais maman ne pensait pas pouvoir avoir de bébé.

- Faut dire à papa alors ! dit le garçon.

- Oui, mais chut d’accord ? Maman va lui faire la surprise.

Elle monta à l’avant après avoir déposé un baiser sur le front de son fils, et roula jusque chez eux. Elle fit un crochet par le supermarché, elle savait comment dire à Benjamin qu’elle était enceinte, et elle espérait juste qu’il serait aussi heureux qu’elle.