1

La famille était arrivée depuis une semaine et prenait lentement ses marques dans cette nouvelle ville. Perdue entre montagne et mer, elle profitait d’un climat plutôt doux pour ce début d'été. Les températures n’étaient pas spécialement chaudes mais c’était pour le plaisir de chacun. Habitués aux chaleurs étouffantes de Monte Vista, découvrir un été sans vagues qui vous ôtaient tout envie de bouger était bienvenue pour tout le monde. Clio et Benjamin se promenaient main dans la main en ville. Ils recherchaient un lieu où célébrer leur union. Ils ne voulaient pas d’un grand mariage, mais avec l’arrivée de la famille du jeune homme…. Ils se retrouvaient dans l’obligation de louer une salle pour le mariage, la maison n’étant pas assez grande pour accueillir sa famille entière. Ils revenaient de la mairie où on leur avait donné différentes brochures sur les salles en location dans la ville. Clio avait été charmée par une et Benjamin par une autre. Ils allaient donc visiter les deux salles. Elles étaient proches du centre-ville et spacieuses mais surtout peu chères ce qui arrangeait fortement le couple qui ne pouvait se permettre de donner des milles et des cents. Les finances avaient été fortement amoindries avec le déménagement, l’achat de la nouvelle maison et les aménagements qui permettraient à Janice, la mère de Clio d’être plus autonome malgré son fauteuil roulant.

2

En arrivant devant la première salle, celle qui avait plu à Clio, le couple fut déçu. Elle n’était pas aussi spacieuse que les photos le laissaient voir, mais surtout très mal agencée. Le bar et les cuisines n’étaient absolument pas aux mêmes endroits et on devait traverser la piste de danse pour aller servir les personnes ou commander à boire. Ce qui n’étaient certainement pas l’idéal. Ensuite les toilettes étaient en extérieur, ce qui signifiait que si le temps n’était pas au beau fixe… Ils devraient se tremper à chaque fois qu’ils auraient une envie pressante. Très pratique... Ils oublièrent bien vite la salle et partirent voir la seconde qui correspondait déjà un peu plus à leurs critères. Relativement neutre, il y avait même un petit sas d’entrée ou les invités pouvaient laisser leur manteaux et sacs à main. Les cuisines et le bar étaient proches et les tables du même côté, il n’y aurait donc pas de contrariétés pour servir les personnes. Petit plus, il y avait un coin karaoké mais aussi, un espace pour un DJ. Clio et Benjamin se regardèrent.

- Elle est parfaite non ? dit la jeune femme

- Oui.

- Tu as vraiment l’œil, murmura la jeune femme avec un sourire.

- Merci, répondit le jeune homme en embrassant doucement sa future épouse.

Ils retournèrent à la mairie pour réserver la salle pour le 15 Juillet. Ils avaient décidé d’un commun accord de se marier le jour de leur première rencontre. De leur première rencontre à Monte Vista, lors de l’arrivée du jeune homme. La réservation faite et l’acompte versé, ils rentrèrent chez eux.

3

Lorsqu’ils arrivèrent Jane discutait avec Wendy, la petite amie de Peter. Etonnement, la jeune femme s’était très facilement intégrée à la famille malgré le peu de temps qu’ils se connaissent. Elle était très timide et n’osait pas vraiment se faire remarquer. Mais profondément gentille, elle avait été très touchée par leur histoire. Et elle aimait sincèrement Peter. Ils se complétaient plutôt bien, elle l’entrainait à devenir plus calme, et il lui apprenait à être moins timide. Tant et si bien que le soir lorsqu’elle croyait tout le monde endormi, elle s’adonnait à sa passion qui était le chant. Elle chantait magnifiquement bien. Depuis enfant, elle rêvait de devenir chanteuse mais trop timide elle avait mis ce rêve de côté. Le soir, elle chantait lorsqu’elle se croyait seule par exemple ou qu’elle pensait que personne l’entendrait sous sa douche. Peter l’avait surprise une fois chanter, il était entré sans bruit dans la salle de bain et l’avait regarder brosser ses longs cheveux en chantant. C’est comme ça qu’elle l’avait séduit. Par sa voix. Dans une petite crique isolée de Monte Vista.

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Clio et Benjamin s’approchèrent des deux femmes

- Ah, voilà nos tourtereaux, alors, vous avez trouvé ? demanda Jane en regarda sa fille et son futur beau-fils.

- Oui, répondit Benjamin.

- Tu vas adorer maman, dit la jeune femme, la salle est superbe et il y a même un karaoké.

Elle vit les yeux de Wendy briller, en entendant parler du karaoké.

- Tu chanteras avec moi ? demanda innocemment la jeune brune à la belle blonde.

- Je… Je ne sais pas chanter, dit Wendy en rougissant. Elle ne pensait pas que les autres membres de la famille savaient que cela était parfaitement faux, qu’elle était une véritable virtuose en la matière. Clio espérait lancer la jeune femme en lui proposant cela.

- Moi non plus, on pourra s’amuser comme ça ! dit-elle avec un sourire innocent et sincère.

Ça aussi c’était nouveau. Les sourires de Clio. Elle qui toujours portait des masques, ne souriait que rarement en famille… Elle semblait avoir retrouver le goût de vivre.

Ils restèrent un long moment à discuter tous ensemble jusqu’au retour de Peter. Peter travaillait toujours au laboratoire de la ville. Il avait demandé une mutation et avait même obtenue sa première promotion quelques jours après leur arrivée dans la ville.

5

Peter entra dans la pièce et fut surpris par le silence qui l’accueillit.

- J’interromps quelque chose ? demanda-t-il alors.

- Non non, dit Wendy en se levant un sourire aux lèvres, on est juste surpris on ne s’est pas rendu compte de l’heure.

- Ah, dit-il en embrassant doucement sa compagne qui vint se lover dans ses bras. J’ai cru arriver au mauvais moment.

- Non non, on a juste rien préparé pour ce soir, rit Clio, on est tous trop bavard lorsqu’on parle du mariage.

- Ah vous avez trouvé la salle ? demanda Peter.

- Oui, dit Benjamin, vu que rien n’est prêt pour ce soir… Que diriez-vous de commander des pizzas ?

- Bonne idée, dit Janice, cela fait une éternité qu’on n'a pas commandé de pizzas.

Benjamin attrapa le combiné et composa le numéro de la première pizzeria qu’il trouva sur internet.

6

Le temps de passer la commande, Peter et Wendy allèrent dans leur chambre. Peter se glissa dans la salle de bain pour se changer. Il prit une douche rapide tandis que Wendy l’attendait dans leur chambre. Elle avait quelque chose à lui annoncer et ne savait pas comment le lui dire. Elle-même ne savait pas comment prendre la nouvelle. Certes ils se connaissaient et sortaient ensemble depuis longtemps… Bien avant que Peter ne la présente à sa mère, il avait attendu par peur de la présenter lorsque son père était encore en vie. Elle avait compris que Zeus n’était pas un homme facile, lorsqu’ils se voyaient. Personne n’avait soupçonné leur relation. Qu’elle soit plus que celle d’une serveuse et d’un client habitué.

- Qu’est-ce qui ne va pas bébé ? Tu es encore malade ? lui demanda Peter en sortant de la salle de bain simplement dans une serviette.

- Rien… Enfin… Je… J’ai fait un test de grossesse ce matin après que tu sois parti.

Peter se figea une serviette dans les cheveux, il la regarda avec angoisse.

- Et… ? demanda-t-il attendant la suite.

- Je… je suis enceinte.

Il y eut un bruit mat lorsque la serviette s’effondra au sol. Peter resta un instant figé sans savoir comment réagir et s’approcha de Wendy et se laissa tomber à genoux entre ses jambes.

- Vraiment ?  Ce… C’est pas une mauvaise blague hein ?

- Oui… Je suis enceinte de 13 semaines… dit-elle en se mordant les lèvres. Elle avait peur, ça… ça ne te fait pas plaisir… C’est trop tôt… ? demanda-t-elle d’une petite voix hésitante.

- Non… Non, j’ai du mal à réaliser que je vais être papa… Et si…. Et si j’étais aussi mauvais que mon père ? demanda-t-il avec angoisse.

Wendy comprit alors qu’il n’arrivait pas à se réjouir par peur d’être un mauvais père, de devenir l’homme que son propre père avait été pour Clio.

- Tu ne seras jamais comme lui, dit-elle doucement en prenant son visage entre ses doigts, je serais là et tu es une personne beaucoup trop bonne pour devenir comme lui, Peter.

- Je t’aime Wendy Salter…, dit-il en l’embrassant avant de poser doucement une main sur son ventre avec timidité.

Wendy le connaissait fougueux, sûr de lui, sensuel, rieur et là elle le découvrait incertain et timide. Elle eut un sourire et posa sa main au-dessus de la sienne, son ventre encore plat abritait la vie. Une vie qu’ils avaient donné dans l’amour.

- Je t’aime Peter Alpha… Et nous serons d’excellents parents pour ce bébé, dit-elle avec un léger sourire.

- Oui. Oui, tu as raison.

- Tu ferais mieux de passer autre chose que cette serviette… Sinon on ne va jamais descendre manger… murmura la belle blonde en rougissant légèrement.

7

Peter se releva et fit basculer Wendy sur leur lit,

- Serait-ce une menace mademoiselle Salter ?

- Je…

Il la coupa en l’embrassant avec passion, glissant ses mains sous son t-shirt. Il la sentit frémir sous ses doigts. Il caressa la peau nue de son ventre avant de rompre leur baiser et de se reculer. Wendy avait les pupilles dilatés, et le souffle court. Comme à chaque fois, Peter arrivait à l’embraser d’un simple baiser.

- Allumeur… souffla la jeune femme.

- Les pizzas vont arriver... Et on ne pourra pas dire qu’on sera très discret, murmura-t-il en lui embrassant le cou.

- Je… Je m’en fiche… murmura-t-elle en enfouissant ses mains dans ses cheveux. Elle ne montrait cette facette passionnée d’elle qu’à Peter. Elle s’en voulait de se laisser aller ainsi mais… Il était le seule à la toucher ainsi tant physiquement que moralement. Ils se laissèrent donc aller à un moment de tendresse puis après un moment ils descendirent et rejoignirent les autres membres de la famille qui s’étaient installés devant un film à la télévision.

8

Clio et Benjamin allèrent se coucher les derniers. Tout le monde dormait déjà depuis longtemps mais eux, ils aimaient discuter sous le couvert de la nuit, comme un écho de leur rêve lorsqu’ils étaient enfants. Ils en parlaient souvent de ses rêves qu’ils avaient eu enfants. Clio lui avait raconté ce qu’elle avait appris. Que son oncle Hadès n’avait trouvé que ce moyen-là pour l’aider. Qu’il n’avait pas eu le droit de faire plus.

- Tu es sûr que tu veux les inviter ? demanda Benjamin un peu surpris par la demande de la jeune femme.

- Oui… Enfin, si tu ne veux pas je comprendrais mais… Je… Je ne suis pas, enfin plus en colère contre eux et… j’aimerais qu’ils soient là, avec nous pour notre mariage.

- Et comment on leur envoie une invitation ? Par la poste ?

- Non… Je… J’ai juste à l’appeler et il viendra.

- Comment ça ?

Clio ferma un instant les yeux. Il y eut une saturation dans l’air et un homme ressemblant étrangement à Zeus apparut derrière la jeune femme, il s’avança en fronçant ses sourcils noirs.

- Que se passe-t-il Clio ? demanda-t-il inquiet.

- Rien de grave oncle Hadès, dit la jeune femme avec un sourire doux, je… elle inspira un grand coup en se levant pour lui faire face, j’aimerais que toi, Perséphone et vos enfants soyez présents pour notre mariage à Benjamin et moi…, finit-elle par murmurer. Benjamin se leva à son tour et enlaça la brunette qui se mordait la lèvre.

Hadès fut surpris par la requête de sa nièce. Il la regarda incrèdule, pensant à une mauvaise blague.

- Tu es sûr de vouloir des dieux olympiens à ton mariage ? demanda-t-il sceptique.

- Oui. Vous êtes ma famille. J’ai compris que vous ne pouviez rien faire de plus que ce que vous avez fait pour moi. Je suis désolée de ne pas l’avoir compris plus tôt.

- Tu n’as rien à te faire pardonner Clio… murmura son oncle, laissant voir l’homme qu’il était derrière les légendes qui couraient sur lui. Il était certes le dieu de la mort, mais ce dieu de la mort aimait profondément la vie et les siens. Il aimait profondément sa nièce et son neveu, autant que ses propres enfants. Il regarda le couple, et eut un demi-sourire, nous viendrons. Je ne pourrais pas rester longtemps… Pour l’équilibre de l’Olympe… mais je vais essayer de trouver une solution à cela. Je ne manquerais cet évènement pour rien au monde. Et tes cousins seront là aussi.

- Et tante Perséphone ? demanda la jeune femme pleine d’espoir. Elle ne l’avait encore jamais rencontrée, cette belle femme à la chevelure blonde comme les blés, aux teints burinés et à la beauté chaleureuse, elle espérait qu’elle serait là.

- Et sera là. Sa mère la laissera venir, ce sont les mois où elles foulent la terre.

Clio eut un large sourire et regarda son oncle. En choisissant cette date, elle permettait non seulement à son oncle et sa tante de se retrouver durant les mois où ils étaient obligés de se séparer mais aussi… d’avoir sa famille auprès d’elle en ce jour si important.

- Je dois partir… A bientôt, dit-il alors en regardant le couple et disparaissant comme s’il avait été absorbé par l’ombre de la pièce.

- Je crois que je ne m’y ferais jamais.

- Quoi donc ? demanda Clio.

- Les voir disparaître et apparaître comme ça sans prévenir.

Clio eut un rire, elle s’était la même réflexion des années plus tôt.

- Je te promets qu’on s’y habitue, on les sent venir avec le temps. Même si leur plus grand plaisir et d’apparaître comme ça à l’improviste.

9

Benjamin sourit

- Tout comme ton grand plaisir et de me torturer jusqu’à notre mariage ?

- Tu sais que je ne me sens pas prête pour ça…, murmura la jeune femme en rougissant.

- Je sais, et je t’ai déjà dit que j’attendrais aussi longtemps qu’il le faudrait Clio. Je te taquine… bien que tu vas finir par me rendre accro à ta bouche si tu continues.

Clio rougit de plus belle et plaqua ses mains sur la bouche de son fiancé. Il n’avait pas été plus loin que des préliminaires coquins. La jeune femme ne se sentait toujours pas prête même après quatre ans de relation. Ils montèrent se coucher, fatigués par la journée qu’ils avaient passée. Clio se lova contre son compagnon et s’endormit en un clin d’œil. Benjamin, lui, mit un peu plus de temps. Dans moins de 72 heures… Il allait revoir sa famille. Il espérait que tout se passerait bien...